Le Botswana fait partie de ces pays qui changent votre manière de voyager en Afrique. Ici, pas (ou peu) de files de 4×4 entassés devant un léopard, ni de lodges clinquants à chaque virage. Le Botswana se mérite, et c’est encore plus vrai en autotour. Pourtant, la plupart des voyageurs se contentent du combo classique Chobe – Okavango – Moremi. Magnifique, oui, mais loin d’être la seule façon d’explorer ce pays. Après plusieurs voyages sur place, j’ai commencé à imaginer des itinéraires plus ciblés, parfois un peu déroutants, mais infiniment plus mémorables.
Dans cet article, je vous propose 7 itinéraires thématiques d’autotour au Botswana, différents de ce qu’on voit partout. Certains sont plus engagés, d’autres parfaits pour un premier voyage, mais tous ont un point commun : ils vous sortent des sentiers battus tout en restant réalistes sur le terrain.
1. Itinéraire “Salines & Silence absolu” : Makgadikgadi et Nxai Pan hors saison
La plupart des gens traversent les pans de Makgadikgadi comme une étape de transition. Pour moi, c’est au contraire l’un des endroits les plus forts du Botswana, surtout si vous acceptez de ralentir. Ici, le vide est le sujet principal du voyage.
Pourquoi cet autotour est surprenant
On pense souvent “safaris = animaux partout”. Dans les pans salés, c’est l’inverse : des kilomètres de blanc, d’horizon plat, un silence presque trop pesant au début. Ce n’est pas un itinéraire “catalogue”, c’est un voyage pour ceux qui veulent ressentir le Botswana dans ce qu’il a de plus brut.
Idée d’itinéraire sur 5 à 7 jours
- Jour 1-2 : Nata → Sua Pan / Nata Bird Sanctuary – Installation proche des pans, première immersion au coucher du soleil. À la bonne saison (fin de saison des pluies), les flamants et les oiseaux migrateurs offrent un spectacle irréel.
- Jour 3-4 : Gweta → Makgadikgadi (zone Kubu Island ou alentours) – Rouler sur les pans à sec (avec prudence), bivouac ou camp rustique. Nuit sous un ciel qui ressemble à un planétarium à ciel ouvert.
- Jour 5-6 : Nxai Pan National Park – Safari sobre mais intense : oryx, springboks, troupeaux d’éléphants, et parfois lions autour de la fameuse Dead Tree Island.
- Jour 7 : Retour vers Maun ou Francistown – Transition vers des zones plus peuplées en faune.
Ce qu’il faut accepter
- Des trajets parfois monotones sur les pans, avec un relief quasi inexistant.
- Des pistes pouvant devenir piégeuses en saison humide (risques d’enlisement).
- Des nuits très isolées, le genre de silence qui peut mettre mal à l’aise si on n’y est pas préparé.
Si vous cherchez un autotour qui bouscule la vision classique du safari, ce circuit axé sur les salines est une excellente base pour votre propre itinéraire.
2. Itinéraire “Bush & Bivouac” : immersion autonome dans le Kalahari central
Cet itinéraire n’est pas pour tout le monde. Quand j’ai roulé dans le Central Kalahari Game Reserve, j’ai rapidement compris que le confort passait au second plan. Ici, vous êtes loin, très loin de tout, avec une autonomie à gérer comme une petite expédition.
Pourquoi ce circuit est à part
Le Central Kalahari, c’est l’Afrique sauvage sans filtre : immensités de savane arbustive, lions du Kalahari à la crinière noire, nuits glaciales en hiver, chaleur écrasante en été. L’isolement y est total : pas de boutique, pas de station-service, très peu d’autres véhicules.
Idée d’itinéraire sur 7 à 10 jours
- Jour 1 : Maun → Ghanzi – Dernière “porte” avant le Kalahari. Ravitailler, vérifier le 4×4, ajuster la pression des pneus.
- Jour 2-3 : Entrée par Matswere Gate → Deception Valley – Premier contact avec le parc, longues pistes sableuses, quelques points d’eau artificiels où se concentre la faune.
- Jour 4-6 : Passages par Passarge Valley, Piper Pan, Sunday Pan – Variation de paysages, observation possible de guépards, oryx, springboks, et hyènes brunes.
- Jour 7-8 : Remontée progressive vers la sortie (Matswere ou Xade Gate) – Rythme lent, on anticipe les distances et la consommation de carburant.
Conditions à connaître
- Obligation d’être en autonomie complète en eau, carburant et nourriture.
- Camper dans des “wild campsites” minimalistes : parfois un simple arbre et un trou pour le feu.
- Gestion du froid nocturne (hiver austral) ou de la chaleur extrême (été).
Pour un autotour qui ressemble davantage à une expédition, le Kalahari central demande une vraie préparation, mais la récompense est à la hauteur : des moments de solitude totale face à une nature immense, sans mise en scène.
3. Itinéraire “Delta sans avion” : aborder l’Okavango par les pistes et les villages
On associe souvent le delta de l’Okavango à des lodges inaccessibles autrement qu’en avion taxi. C’est vrai pour certaines zones, mais on peut aussi approcher l’esprit du delta en 4×4, en privilégiant les pistes et les villages riverains.
Un angle plus humain du delta
Dans cet itinéraire, l’idée n’est pas de cocher “toutes les concessions privées”, mais de longer et d’approcher le delta par voie terrestre, en mixant safaris, mokoro (pirogue traditionnelle) et rencontres avec les populations locales.
Idée d’itinéraire sur 6 à 8 jours
- Jour 1 : Maun – Base arrière évidente, location du 4×4, derniers achats. Possibilité de survol du delta en microlight ou en Cessna pour avoir une vision d’ensemble.
- Jour 2-3 : Secteur de Boro ou Etsha – Pistes sablonneuses pour atteindre des villages en bordure du delta. Nuit en camp de base simple, sorties en mokoro avec guides locaux.
- Jour 4-5 : Moremi Game Reserve (parties accessibles par la route) – Entrée dans la zone plus classique de safari : éléphants, lycaons, lions, et parfois léopards dans les zones boisées.
- Jour 6-7 : Xakanaxa ou Third Bridge – Camps plus isolés, traversées de petits ponts en bois, passages parfois inondés selon la saison.
Points d’attention
- Les niveaux d’eau peuvent rendre certains passages impraticables, surtout vers Third Bridge.
- La cohabitation avec la faune dans les camps n’est pas théorique : éléphants, hyènes et parfois lions peuvent traverser le camp de nuit.
- Les moustiques et le risque de paludisme existent selon la saison : protection indispensable.
Si vous voulez approfondir la logistique d’un voyage en 4×4 dans ces régions, vous pouvez vous appuyer sur notre dossier complet consacré à l’autotour en 4×4 au Botswana, où je détaille la préparation matérielle, la gestion du carburant et des distances.
4. Itinéraire “Éléphants & Frontières” : corridor de la bande de Caprivi jusqu’à Chobe
Cet itinéraire joue avec la géographie politique de la région : Botswana, Namibie, parfois même un crochet par le Zimbabwe ou la Zambie. L’idée est de suivre le mouvement des éléphants et des grands herbivores le long du réseau fluvial.
Un voyage à cheval entre plusieurs pays
On parle souvent de Chobe pour ses concentrations d’éléphants, mais on oublie que ces animaux ne connaissent pas les frontières. Ils circulent entre la bande de Caprivi (Namibie), Chobe (Botswana) et le Zambèze. Ce circuit met ce mouvement au cœur du voyage.
Idée d’itinéraire sur 8 à 10 jours
- Jour 1-2 : Maun → Nata – Longue route goudronnée, étape de transition.
- Jour 3 : Nata → Kasane – Arrivée dans la région de Chobe. Kasane sert de base logistique (ravitaillement, banques, etc.).
- Jour 4-5 : Chobe Riverfront – Safaris en 4×4 et en bateau sur la rivière Chobe. Des centaines d’éléphants, troupeaux de buffles, crocodiles, hippopotames.
- Jour 6-7 : Passage en Namibie (bande de Caprivi) – Lodges et camps le long de la rivière Kwando ou du Zambèze, ambiance plus posée, moins de monde sur les pistes.
- Jour 8-9 : Option Victoria Falls (Zimbabwe ou Zambie) – Détour pour voir les chutes. Ambiance totalement différente : touristique, animée, mais l’ampleur du site vaut l’écart.
Ce qui rend l’itinéraire différent
- On ne reste pas enfermé dans un seul parc, on suit les grands couloirs de migration.
- On découvre le contraste entre la Namibie calme de la bande de Caprivi et le Botswana plus sauvage.
- On jongle avec plusieurs postes-frontières : passeports, assurances véhicules, paperasse à gérer.
Ce type de circuit convient bien à ceux qui ont déjà roulé une fois en Afrique australe et qui veulent complexifier un peu leur voyage sans pour autant partir dans des zones trop extrêmes.
5. Itinéraire “Safari minimaliste” : parcs secondaires et camps sobres
Beaucoup d’itinéraires au Botswana mettent en avant des lodges de luxe. Ce n’est pas forcément ma vision du voyage. Cet itinéraire “minimaliste” s’adresse à ceux qui préfèrent un matelas simple sous la tente de toit, quelques bières fraîches et un feu de camp à la tombée de la nuit.
Principe : moins de glamour, plus de terrain
Au lieu de se battre pour des nuits dans les camps les plus prisés de Moremi ou Chobe, on mise sur des parcs un peu en retrait, des community campsites, des hébergements sans chichis et des étapes plus longues sur la route.
Idée d’itinéraire sur 10 à 12 jours
- Jour 1 : Maun – Récupération du 4×4 équipé camping. Briefing sérieux avec l’agence de location sur les techniques de conduite et les règles de sécurité.
- Jour 2-3 : Maun → Lake Ngami / zones communautaires – Découverte de régions peu touristiques, pistes parfois un peu confuses, besoin de bonne orientation.
- Jour 4-6 : Khwai Community Area – Zone attenante à Moremi, mais gérée par la communauté. Faune abondante, ambiance souvent très sauvage, avec lions et lycaons régulièrement de passage.
- Jour 7-9 : Savuti (si budget et réservations possibles) ou alternatives communautaires – Savuti reste une zone forte, mais on peut aussi chercher des camps plus simples en périphérie.
- Jour 10-11 : Retour progressif vers Maun ou Kasane – Longues journées de route, parfaites pour sentir la dimension du pays.
Ce qui change vraiment l’expérience
- On cuisine soi-même, on gère son stock d’eau et de nourriture, on vit au rythme du lever et du coucher du soleil.
- Les camps simples impliquent moins de monde autour, mais aussi moins de confort : douches parfois sommaires, toilettes basiques, voire rien sur certains sites.
- On passe plus de temps sur la route et en piste, ce qui permet de multiplier les rencontres fortuites avec la faune hors des “hotspots”.
Cet itinéraire est parfait si votre priorité n’est pas le palace au milieu de la brousse, mais l’intensité des journées dehors, la gestion autonome du camp et le sentiment d’être vraiment “dans” le pays.
6. Itinéraire “Saisons inversées” : chercher la faune là où personne ne regarde
La plupart des autotours suivent les recommandations classiques : “meilleure saison”, “période idéale”, etc. Sauf que ces conseils conduisent tout le monde au même endroit au même moment. Cet itinéraire joue volontairement avec les saisons pour aller là où les autres ne vont pas.
Comprendre la logique saisonnière
Au Botswana, l’eau est le moteur de tout : lorsqu’elle se retire, les animaux se concentrent autour des points restants ; lorsqu’elle arrive, elle disperse la faune mais transforme les paysages. L’idée de ce circuit est de choisir des zones “secondaires” quand les grandes stars sont bondées, et inversement.
Exemples de combinaisons possibles
- Fin de saison des pluies (mars-avril) :
- Salines de Makgadikgadi et Nxai Pan en priorité (migrations de zèbres, paysages verdoyants).
- Chobe moins prioritaire, car certaines zones peuvent être boueuses.
- Début de saison sèche (mai-juin) :
- Okavango et Moremi commencent à devenir intéressants.
- Central Kalahari accessible mais encore légèrement vert, plus agréable qu’en pleine saison sèche.
- Pleine saison sèche (juillet-septembre) :
- Chobe, Savuti et Khwai au top pour la concentration de faune.
- Certains pans apparaîtront plus “morts”, à combiner avec d’autres zones pour varier.
Exemple d’itinéraire modulable sur 12 jours
- 4 jours dans une région “saison haute” (par exemple Chobe en août).
- 4 jours dans une région “contrariante” pour la saison (par exemple une partie des pans encore praticables).
- 4 jours dans une zone de transition comme Khwai ou Moremi, où l’eau et la faune jouent en permanence à cache-cache.
Cette approche demande plus de lecture des conditions locales et moins de confiance aveugle dans les brochures, mais elle permet souvent de croiser moins de véhicules pour une faune tout aussi présente.
7. Itinéraire “Roadtrip initiation” : premier autotour Botswana sans se brûler les ailes
Pour terminer, un itinéraire pensé pour ceux qui rêvent de faire un autotour au Botswana, mais qui n’ont encore jamais conduit en autonomie dans la brousse. J’ai souvent croisé des voyageurs débutants totalement dépassés par les pistes profondes de sable ou par la logistique des campsites isolés. Mieux vaut parfois commencer un peu plus simple, sans pour autant sacrifier la magie du voyage.
Objectif : découvrir sans se mettre en danger
On reste majoritairement sur des routes goudronnées ou des pistes faciles, on choisit des hébergements un peu plus structurés, avec possibilité d’encadrement local (guides, sorties organisées ponctuelles).
Idée d’itinéraire sur 10 jours
- Jour 1-2 : Maun – Installation, familiarisation avec le 4×4, sortie safari à la journée dans une réserve proche avec guide pour observer sa façon de lire les pistes.
- Jour 3-4 : Moremi (secteur accessible, camp structuré) – Deux nuits dans un camp bien équipé, avec possibilité de combiner sorties en véhicule autonome et safaris guidés.
- Jour 5-6 : Retour Maun et excursion mokoro – Journée sans conduite, laisser les rames aux polers locaux et se concentrer sur l’ambiance du delta.
- Jour 7-8 : Route Maun → Nata → Kasane – Longues portions goudronnées, paysage qui change progressivement. Visite possible de Nata Bird Sanctuary en chemin.
- Jour 9-10 : Kasane & Chobe Riverfront – Safaris en bateau et 4×4, mais cette fois en restant en hébergement fixe (guesthouse ou lodge simple), sans gérer le camping.
Pourquoi cet itinéraire fonctionne bien pour un premier séjour
- Vous goûtez à la conduite sur piste, mais sans plonger directement dans les zones les plus isolées comme le Central Kalahari.
- Vous alternez phases guidées et autonomie, ce qui permet d’observer les professionnels et de comprendre les bons réflexes.
- Vous terminez dans une région très riche en faune (Chobe), histoire de repartir avec les images fortes qui donnent envie de revenir.
Après un roadtrip de ce type, beaucoup de voyageurs se sentent prêts à revenir sur des itinéraires plus engagés, que ce soit dans les salines, le Kalahari central ou les zones communautaires plus reculées.
