Je me souviens encore de ma première sortie en mer au large de Mafia Island, en Tanzanie. Le soleil venait de se lever, la mer était d’un calme presque suspect, et à bord du petit bateau de pêche reconverti pour l’éco-tourisme, personne ne parlait vraiment. Chacun fixait la surface, à la recherche de cette ombre massive dont tout le monde parlait depuis des jours. Puis le capitaine a crié : “Whale shark, whale shark !”. Et là, à quelques mètres du bateau, un requin-baleine est apparu, glissant sous la surface comme un avion à basse altitude. Ce jour-là, j’ai compris pourquoi tant de voyageurs viennent à Zanzibar et Mafia pour vivre cette rencontre.
Si vous préparez un voyage en Tanzanie, que ce soit pour un safari dans les grands parcs ou un séjour balnéaire à Zanzibar, nager avec le requin-baleine est probablement l’une des expériences les plus marquantes que vous pourrez ajouter à votre itinéraire. Mais entre les photos de rêve sur Instagram et la réalité du terrain, il y a une bonne dose de logistique, de choix à faire, et aussi quelques pièges à éviter.
Dans cet article, je vais vous parler sans filtre de l’expérience requin-baleine à Zanzibar et Mafia : où aller, quand partir, comment se déroule réellement une sortie en mer, combien ça coûte, ce qui est sûr… et ce qui l’est beaucoup moins. Je vous expliquerai aussi pourquoi Mafia Island est souvent plus intéressante que Zanzibar pour observer les requins-baleines, et comment intégrer cette excursion dans un voyage plus large en Afrique de l’Est, entre safari en Tanzanie continentale et détente sur les plages de l’océan Indien.
Que vous soyez plongeur confirmé, simple amateur de snorkeling ou voyageur curieux, l’idée n’est pas seulement de “cocher une case” sur une liste de choses à faire, mais de comprendre ce que cette rencontre implique pour les animaux, les communautés locales et votre façon de voyager. On va parler pratique, on va parler éthique, et on va surtout parler concret, pour que vous sachiez exactement à quoi vous attendre si vous décidez de partir à la rencontre du requin-baleine à Zanzibar ou à Mafia.
Comprendre le requin-baleine : géant paisible de l’océan Indien
Avant de se jeter à l’eau avec les requins-baleines, il est utile de comprendre un minimum l’animal que vous allez rencontrer. Le requin-baleine (Rhincodon typus) est le plus gros poisson du monde. Oui, un poisson, pas un mammifère comme la baleine, malgré son nom. Les adultes peuvent dépasser les 10 à 12 mètres, avec des spécimens exceptionnels estimés à plus de 15 mètres. À Mafia ou Zanzibar, la plupart des individus que vous verrez sont souvent des juvéniles ou de jeunes adultes, entre 4 et 9 mètres.
Malgré son apparence impressionnante, le requin-baleine est un filtreur paisible. Il se nourrit principalement de plancton, de larves de poissons et parfois de petits poissons. Pas de dents acérées à la “requin blanc” ici, mais une immense bouche qui s’ouvre parfois en surface pour aspirer des nuages de plancton. C’est ce comportement d’alimentation en surface qui rend l’observation depuis un bateau et la mise à l’eau en snorkeling possible, car l’animal reste relativement longtemps proche de la surface.
Son corps est massivement fuselé, avec une robe gris-bleu parsemée de taches blanches et de rayures, comme un ciel étoilé renversé dans l’océan. Chaque requin-baleine a un motif unique, un peu comme nos empreintes digitales. Des chercheurs utilisent d’ailleurs ces motifs pour les identifier et suivre leurs déplacements d’année en année, y compris autour de Mafia Island en Tanzanie.
Du point de vue du voyageur, il est important de comprendre que le requin-baleine est une espèce en danger. La pêche ciblée, les captures accidentelles, les collisions avec les bateaux et la dégradation des habitats pèsent lourdement sur les populations. Dans certaines régions du monde, ces requins sont encore chassés pour leur chair ou leurs nageoires. En Tanzanie, la protection progresse, notamment grâce à l’éco-tourisme bien encadré à Mafia, mais rien n’est jamais acquis.
C’est là que votre façon de voyager a un impact direct. L’intérêt que vous portez à ces animaux, l’argent que vous laissez dans les communautés locales via des excursions responsables, et la manière dont vous vous comportez dans l’eau peuvent contribuer à renforcer l’idée que les requins-baleines “valent plus vivants que morts”. Mais l’inverse est aussi vrai : un tourisme mal géré, avec trop de bateaux, trop de monde dans l’eau, et des comportements intrusifs peut stresser les animaux et les pousser à fuir certaines zones.
Comprendre qui est ce géant, comment il se nourrit, comment il se déplace, pourquoi il vient à Mafia Island ou au large de Zanzibar à certaines périodes de l’année, c’est déjà une première étape pour mieux respecter son espace et adapter votre façon de vivre l’expérience dans l’eau. C’est aussi ce qui permet d’apprécier la rencontre à sa juste valeur : vous n’êtes pas dans un parc aquatique, mais dans l’océan Indien, au milieu de la vie sauvage, avec tout ce que cela implique d’imprévisible.
Où et quand voir le requin-baleine à Zanzibar et Mafia en Tanzanie ?
Lorsque l’on prépare un voyage en Tanzanie, la question revient souvent : “Est-ce que je peux voir des requins-baleines à Zanzibar, ou faut-il absolument aller à Mafia ?”. La réponse est nuancée, et c’est là que les choses se corsent un peu.
Le vrai hotspot stable et mondialement reconnu pour l’observation des requins-baleines en Tanzanie, c’est Mafia Island, située au sud de Zanzibar, au large de la côte tanzanienne. Zanzibar, de son côté, propose parfois des sorties “requin-baleine” au départ du sud de l’île ou via des opérateurs qui combinent Zanzibar et Mafia, mais la fiabilité des observations y est nettement moindre.
Mafia Island : la référence pour les requins-baleines en Tanzanie
Mafia est une île beaucoup moins connue que Zanzibar, et c’est tant mieux pour ceux qui cherchent une ambiance plus authentique et moins touristique. Ici, les requins-baleines viennent se nourrir saisonnièrement, principalement sur la côte ouest de l’île, entre Kilindoni et la baie de Chole.
La meilleure période pour les rencontrer à Mafia s’étend en général de fin octobre à mi-mars, avec un pic de présence entre novembre et janvier. Pendant ces mois, les observations sont fréquentes, souvent quotidiennes, même si, comme en safari, rien n’est jamais garanti à 100 %. Les sorties se font en bateau, parfois à quelques minutes seulement du rivage, ce qui réduit le temps de trajet et maximise le temps passé sur zone.
Zanzibar : possibilités, mais pas de certitude
À Zanzibar, l’histoire est différente. L’archipel n’est pas reconnu comme un site majeur de rassemblement de requins-baleines. On rapporte parfois des observations sporadiques au large de la côte sud, vers Kizimkazi ou Menai Bay, mais elles restent aléatoires. Certains opérateurs de voyage basés à Zanzibar vendent des excursions “requin-baleine” qui, en réalité, impliquent un vol ou un transfert vers Mafia Island pour la journée ou pour quelques jours.
Si vous lisez “sortie requins-baleines à Zanzibar” dans une brochure ou sur un site, demandez précisément :
- Où se déroule la sortie (zone exacte) ?
- Est-ce un vol/transfert vers Mafia, ou uniquement au départ de Zanzibar ?
- Quelle est la période de l’année, et quel est le taux d’observation constaté ?
En pratique, si votre objectif prioritaire est de nager avec les requins-baleines, je vous recommande de prévoir au moins 2 à 3 nuits à Mafia Island plutôt que de compter sur une sortie au départ direct de Zanzibar. Cela augmentera largement vos chances et limitera la frustration.
Conditions météo et saisonnalité : ce que vous devez anticiper
Outre la question de la localisation, la saisonnalité est cruciale. En Tanzanie, l’année est rythmée par les saisons des pluies et les vents (monsoons). À Mafia, la période requin-baleine correspond plus ou moins à la “courte saison des pluies” (vuli) et au début de la saison chaude. Les pluies ne rendent pas la mer systématiquement impraticable, mais les conditions peuvent être variables : mer formée certains jours, visibilité sous-marine moyenne à d’autres.
À Zanzibar, si vous voyagez hors saison requin-baleine à Mafia, concentrez-vous plutôt sur la plongée (Mnemba, Nungwi, Paje) ou les dauphins à Kizimkazi, en gardant en tête que les interactions avec les dauphins y sont souvent très touristiques et pas toujours bien gérées.
En résumé : pour des requins-baleines en Tanzanie, pensez “Mafia d’abord”, et utilisez Zanzibar comme point d’entrée ou de sortie plus balnéaire de votre voyage. De mon côté, je recommande souvent ce combo : safari en Tanzanie continentale, puis Mafia pour le requin-baleine, puis Zanzibar pour finir sur une note plus festive ou confortable, selon vos envies.
Nager et plonger avec les requins-baleines : comment se déroule l’expérience ?
Sur le papier, “nager avec des requins-baleines” ressemble à une scène de film : eau translucide, géant marin qui vous frôle tout en douceur, photo parfaite pour vos proches. La réalité est parfois plus sportive, parfois magique, parfois frustrante. Il est important de savoir à quoi vous attendre pour ne pas idéaliser l’expérience.
À quoi ressemble une sortie type à Mafia Island ?
La plupart des excursions requin-baleine à Mafia démarrent tôt le matin, souvent entre 7h et 8h. On embarque sur un dhow ou un bateau à moteur, en petit groupe (souvent entre 6 et 12 personnes selon l’opérateur). Le guide briefe sur le matériel, les règles de sécurité, et surtout sur le comportement à adopter dans l’eau avec les requins.
Une fois au large de Kilindoni, l’équipage scrute la surface à la recherche de nageoires dorsales, de remous caractéristiques ou de mouettes qui tournent au-dessus d’une zone de nourriture. Quand un requin-baleine est repéré, le capitaine s’approche lentement, en prenant l’angle pour que vous puissiez vous mettre à l’eau “devant” l’animal, et pas directement sur lui.
C’est là que tout s’accélère : “Fins on, mask on, go, go, go !”. On se laisse glisser à l’eau en silence, et on met la tête sous la surface. Avec un peu de chance, vous verrez apparaître une masse sombre, puis la silhouette tachetée du requin-baleine, qui avance calmement, bouche ouverte. Parfois il vous dépasse sans même s’intéresser à vous, parfois il tourne légèrement, parfois il plonge en profondeur. Toute la difficulté pour vous, c’est d’anticiper sa trajectoire pour rester à bonne distance sans le gêner.
Snorkeling ou plongée bouteille ?
La plupart des interactions avec les requins-baleines à Mafia se font en snorkeling, pas en plongée bouteille. Il y a plusieurs raisons à cela :
- Les requins se nourrissent souvent en surface, à 0-5 mètres.
- Les entrées à l’eau doivent être rapides et fréquentes, ce qui est plus simple sans équipement lourd.
- Le bruit et les bulles de la plongée peuvent parfois les gêner.
Si vous n’êtes pas un grand nageur, parlez-en clairement à votre opérateur. Beaucoup fournissent des gilets de flottabilité et des bouées. N’oubliez pas que vous êtes en pleine mer : il peut y avoir du courant, des vagues, et il faut parfois palmer fort pour suivre le requin quelques instants. À Mafia comme à Zanzibar, n’hésitez pas à refuser de vous mettre à l’eau si vous ne vous sentez pas en confiance ; rien ne vous oblige à vous jeter dans la mêlée.
Durée, rythme et réalités sur le terrain
Une sortie peut durer de 2 à 4 heures en mer. Certains jours, vous verrez plusieurs requins-baleines différents, avec des mises à l’eau successives. D’autres jours, vous attendrez longtemps avant la première observation, voire vous rentrerez bredouille. C’est la nature, et c’est aussi ce qui donne de la valeur à ceux qui acceptent le risque de ne pas “tout voir”.
Le rythme peut être intense : on remonte à bord, le bateau se repositionne, on se remet à l’eau, on palme, on remonte, et ainsi de suite. L’expérience peut être physique, surtout sous un soleil fort. Prévoyez de l’eau, une protection solaire efficace (idéalement une lycra plutôt qu’une crème qui pollue le lagon), un chapeau et un T-shirt sec pour le retour.
Enfin, soyez prévenu : sur les périodes de forte affluence, notamment autour de Noël et Nouvel An, vous ne serez pas le seul bateau sur zone. À Mafia, les opérateurs tentent de limiter la pression, mais il peut y avoir plusieurs embarcations qui suivent les mêmes animaux. C’est là qu’un bon guide fait la différence : capacité à choisir le bon moment pour se mettre à l’eau, à éviter d’encercler le requin, et à calmer les ardeurs de certains voyageurs trop excités.
Choisir son excursion requin-baleine depuis Zanzibar : conseils, prix, arnaques à éviter
Si vous êtes déjà à Zanzibar ou que vous planifiez un séjour combinant Zanzibar, plage et safari en Tanzanie, il va falloir trier les offres, car tout le monde semble “proposer” du requin-baleine. Entre les agences locales, les hôtels, les tours opérateurs en ligne, il y a de quoi se perdre. Voici comment aborder les choses de manière pragmatique.
Clarifier votre point de départ : Zanzibar, Dar es Salaam ou Mafia ?
Pour voir des requins-baleines, votre objectif doit être clair : vous rendre à Mafia Island pendant la bonne saison. Le reste (Zanzibar, Dar es Salaam, etc.) n’est qu’une question de logistique. Généralement, les scénarios les plus courants sont :
- Vous êtes en safari en Tanzanie (Serengeti, Tarangire, N’Gorongoro) et vous finissez par un séjour à Mafia puis Zanzibar.
- Vous arrivez directement à Zanzibar pour un voyage balnéaire, et vous voulez “rajouter” une excursion à Mafia pour le requin-baleine.
- Vous êtes déjà en Tanzanie continentale (Dar es Salaam) et vous hésitez entre Mafia et Zanzibar pour votre fin de voyage.
Dans tous les cas, si l’objectif est vraiment le requin-baleine, Mafia doit être sur votre trajet, même si cela implique un petit vol intérieur ou un bateau + route.
Journée Mafia depuis Zanzibar : possible, mais à quel prix ?
Certains opérateurs vendent des “day trips” depuis Zanzibar vers Mafia pour voir les requins-baleines. En pratique, cela implique généralement :
- Un transfert très matinal vers l’aéroport de Zanzibar.
- Un vol Zanzibar – Mafia (via Dar ou direct selon la compagnie).
- Une sortie requin-baleine sur place avec un opérateur local.
- Le vol retour dans l’après-midi et retour à votre hébergement à Zanzibar.
C’est faisable, mais c’est intense, cher et soumis aux aléas des vols intérieurs. Comptez un budget élevé (souvent plusieurs centaines d’euros par personne) et gardez en tête que vous ne maîtrisez pas la météo ni la présence effective des requins-baleines ce jour-là. Personnellement, je considère ce format comme un “plan B” pour ceux qui ont extrêmement peu de temps. Si vous le pouvez, prévoyez plutôt 2 ou 3 nuits à Mafia, quitte à réduire un peu votre temps à Zanzibar.
Évaluer un opérateur : les bonnes questions à poser
Que vous réserviez à Zanzibar, à Mafia ou depuis l’Europe, posez des questions précises :
- Quelle est la taille maximale du groupe à bord ? (préférez des petits groupes)
- Les guides sont-ils formés aux règles d’interaction avec les requins-baleines ?
- Le bateau est-il équipé de gilets de sauvetage, radio, eau potable ?
- Quel est le taux moyen d’observation sur la période où vous venez ?
- Que se passe-t-il si vous ne voyez pas de requins-baleines (politique de remboursement ou réduction sur une seconde sortie) ?
Un opérateur sérieux ne vous promettra jamais à 100 % de voir des requins-baleines. Méfiez-vous des discours “garantis”, surtout s’ils sont accompagnés de photos trop parfaites et d’un prix étonnamment bas par rapport à la concurrence.
Ordres de prix et budget global
Les tarifs varient beaucoup, mais pour vous donner une idée :
- Sortie requin-baleine à Mafia (au départ de l’île, sans vols) : en gros, une fourchette moyenne à élevée, incluant bateau, guide, eau, parfois snack.
- Vols intérieurs (Dar – Mafia, Zanzibar – Mafia) : budget non négligeable, surtout en haute saison.
- Packages incluant hébergement + sorties requins-baleines + transferts : souvent plus intéressants financièrement si vous restez plusieurs nuits.
Pour un voyage combinant safari, Zanzibar et Mafia, intégrez dès le début dans votre budget une enveloppe spécifique “requin-baleine”, au même titre que l’ascension du Kilimandjaro ou un vol en montgolfière sur le Serengeti. C’est une activité phare, pas un extra anodin.
Enfin, gardez toujours une petite marge de manœuvre sur votre planning : si la mer est vraiment mauvaise un jour ou si un problème technique survient, pouvoir décaler votre sortie d’un jour peut faire la différence entre une expérience ratée et un souvenir inoubliable.
Impacts environnementaux, éthique et rôle de l’éco-tourisme à Mafia et Zanzibar
On ne peut pas parler de requin-baleine en Tanzanie sans aborder la question de l’éthique. L’éco-tourisme est souvent présenté comme la solution miracle : les requins-baleines attirent les voyageurs, l’argent du voyage finance la protection, et tout le monde est gagnant. Dans la vraie vie, c’est un peu plus complexe.
Les bénéfices locaux : quand les requins-baleines deviennent un atout
À Mafia Island, l’arrivée du tourisme autour des requins-baleines a clairement apporté des revenus nouveaux. Des pêcheurs se sont reconvertis partiellement en capitaines de bateau pour les sorties en mer, des jeunes sont devenus guides, des hébergements ont ouvert. L’activité touristique offre une alternative à la surpêche et donne un argument fort pour protéger la zone : un requin-baleine qui revient chaque année pour se nourrir rapporte plus d’argent aux communautés, via le tourisme, qu’un requin pêché et vendu une seule fois.
C’est l’un des rares cas où, dans un pays comme la Tanzanie, la logique économique peut réellement inciter à préserver une espèce en danger. Mais pour que cela fonctionne, encore faut-il que l’activité soit encadrée, que les bénéfices soient en partie redistribués localement, et que les pratiques touristiques n’altèrent pas le comportement des animaux.
Les dérives possibles : trop de bateaux, trop de monde, trop près
Partout dans le monde où les requins-baleines sont devenus une attraction (Philippines, Mexique, Maldives…), on a vu apparaître les mêmes dérives : trop de bateaux qui encerclent les animaux, des touristes qui tentent de les toucher, des guides qui poussent les clients à “se rapprocher” pour la photo. Ce stress chronique finit par modifier le comportement des requins-baleines, qui peuvent devenir plus méfiants ou carrément abandonner certaines zones.
À Mafia, la situation est pour l’instant moins extrême que dans d’autres destinations très médiatisées, mais la pression augmente saison après saison. C’est là que votre attitude individuelle compte :
- Gardez une distance respectueuse (au moins 3 à 4 mètres du corps, plus pour la queue).
- Ne touchez jamais l’animal, même si vous êtes très proche.
- Évitez de lui couper la route ou de lui “sauter dessus” depuis le bateau.
- Palmez calmement, sans tenter de le poursuivre sur des dizaines de mètres.
Si vous voyez un guide ou un capitaine adopter des comportements agressifs vis-à-vis des requins, vous avez le droit de le dire, de refuser, voire de le signaler à votre hébergeur ou à l’agence avec qui vous avez réservé. L’éco-tourisme ne devient bénéfique que si les voyageurs exigent un minimum d’éthique.
Équipement, crèmes solaires et impact indirect
Il y a aussi tout ce qu’on ne voit pas. Les crèmes solaires classiques, par exemple, libèrent dans l’eau des substances qui peuvent affecter la vie marine. La solution n’est pas de brûler au soleil, mais de privilégier :
- Une combinaison légère ou un T-shirt anti-UV pour limiter l’usage de crème.
- Des crèmes solaires minérales, sans oxybenzone et autres filtres agressifs pour les coraux.
Sur le bateau, évitez de jeter quoi que ce soit à la mer (mégots, plastiques, mouchoirs…). Cela peut paraître évident, mais sur pas mal de sorties en Afrique, j’ai vu des comportements qui ne l’étaient pas du tout. Dans les villages autour de Mafia comme de Zanzibar, les systèmes de gestion des déchets sont souvent rudimentaires ; tout ce que vous ne consommez pas inutilement ne risque pas de finir dans l’océan.
L’éco-tourisme autour des requins-baleines, à Mafia comme dans d’autres zones de Tanzanie, ne sera bénéfique que si les voyageurs acceptent de jouer leur rôle : payer un prix juste, choisir des opérateurs responsables, respecter les distances dans l’eau, limiter leur impact et considérer l’animal d’abord comme un être sauvage, pas comme un décor pour selfie.
Intégrer l’observation du requin-baleine à un voyage safari en Afrique de l’Est
Pour beaucoup de voyageurs, la Tanzanie rime d’abord avec safari : Serengeti, cratère du N’Gorongoro, Tarangire, Selous (Nyerere), Ruaha… Puis vient l’image de Zanzibar pour la détente après les pistes poussiéreuses. Le requin-baleine s’insère parfaitement dans cette logique, à condition de bien penser votre itinéraire.
Safaris + Mafia + Zanzibar : un trio gagnant
Un itinéraire classique pourrait ressembler à ceci :
- Quelques jours de safari dans le nord de la Tanzanie (Serengeti, Manyara, N’Gorongoro).
- Un vol interne vers Dar es Salaam ou directement vers Mafia Island si la connexion le permet.
- 2 à 4 nuits à Mafia pour maximiser vos chances avec les requins-baleines.
- Un dernier segment de voyage à Zanzibar pour profiter des plages, de la plongée ou du kitesurf.
Si vous optez pour les grands parcs du sud (Selous/Nyerere, Ruaha), la jonction avec Mafia est encore plus logique, car vous êtes déjà plus proche de Dar es Salaam. Parlez-en avec l’agence qui organise votre safari, pour intégrer Mafia dès le départ dans le plan de vol, plutôt que d’essayer de l’ajouter à la dernière minute.
Combiner avec d’autres expériences marines
Outre les requins-baleines, la Tanzanie offre une belle diversité d’activités marines :
- Snorkeling et plongée sur les récifs de Mafia (parc marin) : coraux, tortues, poissons multicolores.
- Plongée à Zanzibar (Mnemba, Tumbatu, Leven Bank) : sites plus fréquentés mais variés.
- Kitesurf sur la côte est de Zanzibar (Paje, Jambiani) : parfait pour prolonger votre séjour balnéaire.
Pour un voyageur passionné de nature, la combinaison “safari + grands mammifères marins” a quelque chose de très cohérent : observer les lions dans le Serengeti, puis quelques jours plus tard nager à côté d’un requin-baleine à Mafia, c’est une manière de relier terre et mer dans un même périple.
Temps minimum à prévoir et marges de sécurité
Si vous voulez vraiment intégrer le requin-baleine à votre voyage sans le transformer en course contre la montre, je vous recommande un minimum de :
- 7 à 8 jours pour un safari “classique” dans le nord ou le sud de la Tanzanie.
- 2 à 3 jours pleins à Mafia (3 à 4 nuits sur place), pendant la bonne saison.
- 3 à 5 jours à Zanzibar si vous souhaitez vraiment vous poser, plonger ou découvrir l’île.
Sur l’ensemble de ce voyage, prévoyez toujours une marge d’au moins une journée tampon quelque part, pour absorber un retard d’avion, un problème météo ou un report d’excursion. En Afrique de l’Est, les horaires sont plus des “intentions” que des certitudes, surtout pour les petits vols intérieurs.
Intégrer le requin-baleine à un voyage en Afrique ne consiste pas seulement à “rajouter une activité” sur un planning déjà surchargé. C’est accepter de prendre le temps : temps de mer, temps d’attente, temps de confrontation à l’imprévisible. Mais si vous jouez le jeu, si vous acceptez que la nature n’est pas un parc d’attractions, la rencontre avec ce géant paisible au large de la Tanzanie restera probablement l’un des souvenirs les plus forts de votre voyage, aux côtés des lions du Serengeti, des couchers de soleil sur les baobabs et des nuits étoilées au milieu de la brousse.
