Zanzibar est souvent vendue comme une carte postale figée : plages blanches, dhows au coucher de soleil et cocotiers à perte de vue. Mais quand on commence à s’intéresser au kitesurf, la question devient tout de suite plus précise : à quels moments le vent souffle vraiment, comment pensent les locaux, et à quoi s’attendre sur place au-delà des jolies photos Instagram ? C’est exactement ce que je vous propose de décrypter ici, mois par mois, spot par spot, avec un regard de terrain.
Comprendre les deux saisons de vent à Zanzibar comme un local
Les deux moussons qui dictent tout : Kaskazi et Kusi
Pour les Zanzibari, la vie tourne autour de deux mots : Kaskazi et Kusi. Ce sont les deux grandes saisons de vent, liées aux moussons de l’océan Indien. Si vous comprenez ces cycles, vous comprenez 80 % de la logique du kitesurf sur l’archipel.
- Kaskazi : vent de nord-est, plus chaud, plus irrégulier, qui souffle globalement de décembre à mars.
- Kusi : vent de sud-est, plus stable, plus frais, qui s’installe de juin à septembre.
À l’échelle d’un voyageur, ça se traduit par deux grandes périodes favorables au kitesurf, séparées par deux intersaisons plus aléatoires. Sur le papier, c’est simple. Sur le terrain, c’est plus subtil : la force du vent, les marées et la géographie des spots changent beaucoup l’expérience.
Kaskazi : la haute saison touristique, mais un vent plus capricieux
La saison de Kaskazi, de décembre à mars, coïncide avec la grosse affluence touristique à Zanzibar. Le vent vient du nord-est, souffle majoritairement side on-shore sur la côte est (ce qui est plutôt rassurant pour les débutants) et tourne autour de 12 à 20 nœuds, avec des variations parfois marquées.
- Décembre – début janvier : souvent la période la plus régulière de Kaskazi. L’air est chaud, l’eau est une baignoire, les écoles sont en pleine activité. C’est idéal pour apprendre, à condition d’assumer le monde à l’eau.
- Mi-janvier – février : le vent peut alterner entre plusieurs jours solides et des phases plus molles. Les locaux prévoient souvent deux tailles d’ailes : une 9/10 m pour les jours bien établis, et une 12 m (voire un twin-tip volumineux ou un foil) pour les journées light.
- Fin février – mars : on sent la saison qui s’essouffle. On peut encore avoir de très belles sessions, mais les trous d’air deviennent plus fréquents. Si votre seul objectif est le vent fort et régulier, ce n’est plus le meilleur pari.
En Kaskazi, les soirées sont chaudes, les bars de plage sont pleins, et l’ambiance est clairement à la fête. Mais il faut accepter un vent parfois irrégulier et jouer avec les marées, surtout sur les lagons très peu profonds.
Kusi : le vent des initiés, plus stable et plus puissant
La saison de Kusi, de juin à septembre, attire un autre type de voyageur : moins de familles, plus de kitesurfeurs motivés et de riders qui viennent pour enchaîner les sessions.
- Juin : le vent se met progressivement en place, mais quand il est là, il peut être bien soutenu. L’eau est un peu plus fraîche (tout est relatif, on reste en shorty ou en lycra) et le ciel plus nuageux que l’hiver austral avance.
- Juillet – août : cœur de saison Kusi. Vent souvent 16 à 25 nœuds, parfois plus. C’est la période que beaucoup de locaux considèrent comme la plus fiable pour empiler les sessions. Prévoyez des ailes plus petites (7–9 m) si vous êtes léger.
- Septembre : la saison décline doucement mais reste très exploitable, surtout en début de mois. Moins de monde sur l’eau, une ambiance plus détendue.
En Kusi, le vent est plus régulier, les rafales moins violentes, et la sensation sur l’eau est plus « propre ». Pour progresser en saut, en transitions engagées ou se lancer en strapless, c’est souvent plus confortable.
Les meilleures périodes mois par mois : à quoi vous attendre vraiment
Décembre – janvier : la carte postale, mais pas seulement
De mi-décembre à mi-janvier, Zanzibar ressemble à ce que les brochures de voyage promettent : ciel clair, mer turquoise, plages animées, et un vent de Kaskazi qui souffle régulièrement l’après-midi.
- Pour les débutants : c’est un très bon créneau. Les écoles tournent à plein régime, le nombre de moniteurs expérimentés est au plus haut, et l’ambiance de lagon peu profond autour de Paje ou Jambiani est sécurisante.
- Pour les riders intermédiaires : les conditions sont parfaites pour consolider les sauts, les transitions et travailler les premiers tricks old-school ou freestyle sur plan d’eau relativement plat à marée moyenne.
- Pour les experts : on trouve son compte en jouant avec les marées et les bancs de sable pour chasser le flat, mais ne vous attendez pas à des conditions hardcore tous les jours. C’est plus un terrain de jeu qu’un spot extrême.
Côté logistique, il faut réserver tôt : en haute saison touristique, les hébergements proches des centres de kitesurf partent vite, et les écoles tournent parfois à guichets fermés.
Février – mars : vent plus aléatoire, ambiance plus détendue
Sur place, les Zanzibari décrivent souvent ces mois comme une période de transition. Les journées peuvent être superbes, avec 18–20 nœuds bien établis, puis soudain plusieurs jours presque sans vent.
- Atout principal : moins de monde, des prix parfois plus bas sur l’hébergement, plus de temps sur l’eau par élève en cours particulier.
- Inconvénient : il faut accepter de ne pas kiter tous les jours. Si vous prévoyez un séjour d’une semaine, visez plutôt 10–12 jours pour sécuriser un bon nombre de sessions.
Si votre projet n’est pas 100 % orienté kitesurf, mais mixte (plongée, découverte de Stone Town, sorties en dhow, visites d’épices), cette période reste très intéressante.
Juin – juillet : le vent reprend ses droits
Après la grande saison des pluies (avril–mai), le vent de Kusi s’installe progressivement. Juin peut encore être variable selon les années, mais dès que le régime se cale, les sessions s’enchaînent vite.
- Juin : à surveiller de près si vous êtes flexible sur les dates. Les premières grosses séquences de vent se mêlent parfois à quelques jours gris et occasionnelles averses. L’avantage : peu de monde, des prix intéressants et une vraie sensation de « début de saison ».
- Juillet : montée en puissance. Les statistiques de vent deviennent très solides. Les riders locaux ressortent les petites ailes et les surfboards strapless. C’est là que Zanzibar montre son vrai potentiel sportif.
Si vous cherchez à progresser rapidement, enchaîner plusieurs sessions par jour et qu’un ciel parfois plus nuageux ne vous dérange pas, cette période est à cocher en priorité.
Août – septembre : le créneau des kite-trips sérieux
Août est souvent la valeur sûre des kitecamps et des écoles : vent fort, régulier, lagons qui se vident assez vite des touristes purement balnéaires, mais suffisamment de monde pour garder une bonne ambiance de plage.
- Août : vent quasi quotidien, souvent fort en milieu de journée. Prévoir des ailes petites à moyennes, surtout si vous êtes léger ou si vous ridez en twin-tip freeride. L’eau reste chaude, mais la sensation générale est plus « sport » que « farniente ».
- Septembre : le vent décroit doucement, mais les statistiques restent bonnes. C’est un mois intéressant pour ceux qui veulent conjuguer bonnes sessions et atmosphère plus calme à terre.
En septembre, j’ai souvent profité de longues sessions quasi seul sur des bancs de sable à marée basse, avec juste quelques pêcheurs au loin et une lumière d’après-midi qui donne aux couleurs du lagon un côté presque irréel.
Comment la marée change tout pour le kitesurf à Zanzibar
Des lagons magnifiques… mais piégeux à marée basse
L’une des grandes spécificités de Zanzibar, surtout sur la côte est, ce sont les marées très marquées. À Paje, Jambiani ou Matemwe, la mer peut se retirer très loin, laissant apparaître des bancs de sable, des patates de corail et des jardins d’algues cultivés par les femmes du village.
Pour un kitesurfeur, cela signifie que la même plage peut être :
- Un immense lagon plat et peu profond à mi-marée, parfait pour apprendre ou travailler ses tricks.
- Un terrain miné de rochers et de coraux affleurants à marée très basse, où certaines écoles refusent tout simplement de donner cours.
Les locaux regardent autant les prévisions de vent que les horaires de marée. En planifiant votre séjour, ne vous contentez pas de regarder la force moyenne du vent sur Windguru : téléchargez aussi les horaires de marée de la semaine, pour caler vos sessions au meilleur moment de la journée.
Haute, mi-haute, basse : choisir vos plages horaires
Sur la plupart des spots de la côte est, voici comment les riders locaux s’organisent :
- Mi-marée montante ou descendante : le meilleur compromis. Assez d’eau pour naviguer sans frotter, pas encore de clapot trop formé. Idéal pour les débutants et ceux qui cherchent un plan d’eau relativement plat.
- Marée haute : plus d’eau, mais aussi plus de profondeur et parfois un clapot plus fort si le vent est soutenu. C’est là que les riders plus expérimentés s’amusent à sauter au large ou à jouer dans le clapot.
- Marée très basse : souvent session annulée ou très limitée. Le lagon se vide, et il ne reste plus assez de fond pour tirer des bords en sécurité. Certaines écoles en profitent pour faire du foil dans des zones plus profondes, loin du reef.
Si vous n’avez qu’une semaine sur place, discutez dès votre arrivée avec les moniteurs : ils connaissent par cœur les fenêtres optimales de chaque jour, et pourront vous dire quand être prêt sur la plage, plutôt que d’attendre des heures au mauvais moment.
Spots, niveaux et styles : adapter vos dates à votre manière de rider
Paje : le terrain de jeu central
Paje est le cœur du kitesurf à Zanzibar : grandes plages, plusieurs écoles, une communauté internationale de riders, et un lagon immense protégé par la barrière de corail. C’est aussi là que j’ai passé le plus de temps à observer la vie locale autour du kite.
- Niveau requis : du pur débutant au rider très avancé.
- Kaskazi (décembre–mars) : vent side-on, bonne sécurité, lagon parfait pour apprendre. C’est là que beaucoup font leurs premiers bords.
- Kusi (juin–septembre) : plus de vent, plus de hauteur de saut, et un plan d’eau varié en fonction des marées. Les riders freestyle et big air y trouvent largement de quoi faire.
Paje a aussi un avantage majeur : une logistique simple. Hébergements, restaurants, centres de plongée, bars de plage… tout est à quelques minutes à pied. Pour un premier séjour kitesurf à Zanzibar, c’est souvent le meilleur choix.
Jambiani, Matemwe, Dongwe : les alternatives plus calmes
Si vous préférez une ambiance plus tranquille que Paje, certains villages voisins offrent une expérience différente, tout en restant dans de très bonnes zones de vent.
- Jambiani : même logique de lagon que Paje, mais un peu plus étalé. Les écoles sont moins nombreuses, l’ambiance est plus villageoise. C’est un très bon plan si vous aimez les sessions calmes et les soirées plus discrètes.
- Dongwe / Bwejuu : zone un peu moins connue, avec quelques resorts et spots de kite moins fréquentés. Intéressant pour ceux qui veulent s’éloigner du cœur touristique tout en gardant un bon accès au vent.
- Matemwe : plus au nord-est, avec un lagon différent, parfois très peu profond selon la marée. L’ambiance est plus isolée, idéale pour ceux qui cherchent le calme absolu.
Chaque spot a ses petites spécificités, ses couloirs de vent préférentiels et ses pièges de marée. Avant de choisir votre hébergement, je vous conseille de jeter un œil à notre article spécialisé qui détaille les meilleurs spots de kitesurf à Zanzibar et leurs particularités pour aligner votre style de ride avec la zone la plus adaptée.
Niveaux, objectifs et période idéale : faire correspondre les pièces du puzzle
Le « meilleur mois » dépend complètement de votre profil. C’est ce que les brochures oublient souvent de dire, mais que les locaux résument très bien autour d’un café ou d’un thé au gingembre :
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Vous débutez totalement :
- Privilégiez : mi-décembre à mi-janvier, ou juillet–août.
- Pourquoi : vent assez régulier, écoles bien structurées, lagons calmes à marée adaptée.
- Évitez : les intersaisons courtes si vous tenez absolument à rentabiliser chaque jour de cours.
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Vous êtes intermédiaire, autonome mais encore en progression :
- Privilégiez : décembre–février pour mêler vacances et kite, ou juillet–septembre pour progresser vite.
- Objectifs typiques : premiers sauts, transitions toeside, contrôle en vent fort.
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Vous êtes expert ou très à l’aise :
- Privilégiez : juillet–août si vous chassez le vent fort.
- Intérêt : plus de puissance, plus de variabilité dans le plan d’eau, possibilité de naviguer au large et sur le reef avec un bon niveau.
En discutant avec les moniteurs locaux, une phrase revient souvent : « Le meilleur mois, c’est celui où tu peux rester le plus longtemps ». Plus vous avez de jours sur place, plus vous amortissez les petites variations de vent ou de marée.
Conseils pratiques de terrain pour préparer votre trip kitesurf à Zanzibar
Quelles tailles d’ailes emmener selon la saison ?
Les riders basés à l’année à Paje vous le diront : leur quiver change un peu entre Kaskazi et Kusi.
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En Kaskazi (décembre–mars) :
- Gabarit léger (50–70 kg) : 9–10 m + 12 m.
- Gabarit moyen (70–85 kg) : 10–12 m, voire 14 m si vous voulez assurer les jours plus light.
- Foileurs : une 8–10 m suffit souvent à exploiter un maximum de journées.
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En Kusi (juin–septembre) :
- Gabarit léger (50–70 kg) : 7–9 m.
- Gabarit moyen (70–85 kg) : 8–10 m, éventuellement une 12 m si vous restez longtemps.
- Gabarit lourd (85+ kg) : 9–12 m pour couvrir la majorité des cas.
Les écoles sur place louent du matériel récent, mais si vous avez des exigences précises (foil, surf strapless, twin-tip particulier), venir avec votre propre matos reste la meilleure option.
Prévisions météo : ce que regardent vraiment les locaux
Les prévisions de vent pour Zanzibar peuvent parfois être pessimistes sur les applications grand public. Sur place, les moniteurs se fient plutôt à une combinaison :
- Observation quotidienne du ciel et de la mer.
- Sites spécialisés (Windguru, Windy) ajustés à leur connaissance du spot.
- Rythme des moussons, ressenti au fil des années.
Il n’est pas rare de voir une prévision à 10–12 nœuds se transformer en session bien alimentée à 18 nœuds l’après-midi, grâce aux effets thermiques locaux et à la position de la marée. D’où l’intérêt de discuter chaque matin avec ceux qui vivent et enseignent ici.
Vie de village, respect et réalités quotidiennes
Zanzibar, ce n’est pas seulement des riders en lycra dans un lagon turquoise. Dès que vous remontez un peu la plage, vous êtes dans des villages swahili vivants, avec leurs codes, leur rythme, leurs difficultés parfois invisibles derrière les resorts.
- Tenue : en dehors de la plage et des espaces dédiés aux touristes, couvrez un minimum vos épaules et vos cuisses, par respect pour la culture locale largement musulmane.
- Interaction : un simple « jambo » ou « habari » (bonjour, comment ça va) change tout. Les sourires sont francs, les discussions souvent directes si on prend le temps de s’arrêter.
- Économie locale : acheter quelques fruits au marché, manger dans une petite gargote de village ou rémunérer équitablement un guide local pour une balade en dhow fait une vraie différence dans la vie quotidienne sur place.
Pour moi, un trip kitesurf réussi à Zanzibar ne se mesure pas seulement en nœuds et en mètres de hauteur de saut, mais aussi en moments passés à discuter avec les pêcheurs, à comprendre le travail des femmes dans les champs d’algues, ou à partager un thé à la tombée du jour après une grosse session.
En comprenant les logiques de vent des deux moussons, en intégrant le facteur marée et en respectant le rythme de l’île, on ne vient plus seulement « consommer » un spot à la mode. On navigue vraiment avec Zanzibar, comme le font ceux qui y vivent, jour après jour.
