La première fois que j’ai posé le pied à Chumbe Island, j’avais l’impression de pénétrer dans une bulle hors du temps. Pas de route, pas de village, pas de musique qui s’échappe de nulle part. Juste le son régulier des vagues, quelques cris d’oiseaux marins, et ce silence particulier qu’on ne retrouve que dans les réserves isolées. Dormir au Chumbe Island Eco Lodge, ce n’est pas simplement “passer une nuit à l’hôtel”. C’est accepter de couper presque totalement avec le monde extérieur, pour se laisser absorber par une petite île corallienne entièrement dédiée à la conservation.
Dans cet article, je vais vous raconter, de manière très concrète, à quoi ressemble réellement une nuit dans cet écolodge perdu au cœur d’une réserve marine au large de Zanzibar : comment on dort, ce qu’on mange, ce qu’on ressent vraiment quand la nuit tombe et qu’il ne reste plus que vous, l’océan et les bruits de la brousse côtière.
Arrivée à Chumbe Island : la rupture nette avec le monde extérieur
Le trajet depuis Zanzibar : dernière bouffée de “civilisation”
Le point de départ classique, c’est Stone Town. On se retrouve au petit matin sur la plage, face à un bateau qui n’a rien de luxueux, mais qui fait le job. Avant d’embarquer, l’équipe vous briefe : respect de la réserve, pas de prélèvement dans le récif, gestion de l’eau douce, consignes de sécurité. Le ton est donné : ici, vous n’êtes pas dans un resort balnéaire, mais sur un bout de terre préservé où chaque geste compte.
Le trajet en bateau dure environ 45 minutes à 1 heure, selon l’état de la mer. Quand la houle se lève, ça secoue. Lors de mon passage, le vent s’est mis à forcir en milieu de traversée, et j’ai passé dix bonnes minutes à me demander si mon sac étanche protégerait vraiment tout mon matériel. Ce n’est pas dangereux en soi, mais clairement, si vous êtes très sensibles au mal de mer, prévoyez un cachet en amont.
La première vision de l’écolodge
À l’approche de Chumbe, l’île se détache sur le bleu profond du canal de Zanzibar : une bande de végétation dense, une petite plage de sable clair, et au-dessus de la canopée, la silhouette du phare historique construit à l’époque coloniale. Rien que cette vue justifie déjà le déplacement.
Le bateau s’échoue doucement sur un banc de sable. On descend pieds nus dans l’eau tiède, sac sur l’épaule. Aucune jetée en béton, aucun moteur qui hurle à proximité : la transition avec Stone Town est brutale, mais dans le bon sens du terme. Dès qu’on marche sur la plage, on comprend que la notion de “luxe” ici n’a rien à voir avec les cinq étoiles de Zanzibar. Le vrai luxe, c’est l’espace, le calme, la sensation d’isolement total.
Les bungalows écologiques : dormir dans une cabane ouverte sur l’océan
Une architecture pensée pour le climat et l’environnement
Les chambres du Chumbe Island Eco Lodge ne sont pas des chambres au sens classique. Ce sont des bungalows éco-conçus, perchés entre la végétation et le rivage, largement ouverts sur l’extérieur. La première fois qu’on y entre, on est surpris par deux choses : l’absence de murs pleins sur certaines faces, et l’intelligence globale de la construction.
- Toits en forme de coque de navire renversée, pour canaliser l’eau de pluie vers des citernes.
- Matériaux naturels et locaux : bois, feuilles de palmes, cordes, sans béton inutile.
- Ventilation naturelle, qui remplace la climatisation énergivore.
- Éclairage à faible consommation, alimenté par panneaux solaires.
Ce n’est pas un concept marketing. On voit concrètement que tout a été pensé pour limiter l’impact sur l’île, tout en offrant un minimum de confort. Si vous cherchez du marbre, du verre et des interrupteurs partout, vous serez déçus. Mais si vous aimez les hébergements qui ont du sens, vous allez vous y sentir à votre place.
L’intérieur : simplicité, mais pas inconfort
À l’intérieur, le lit est au centre de la pièce, souvent en mezzanine, avec une grande moustiquaire qui enveloppe l’ensemble comme un cocon. Le matelas est correct, pas trop mou, et la literie est propre, simple, sans fioritures.
Au rez-de-chaussée, on trouve généralement :
- Un espace salon avec des coussins et une petite table basse.
- Un coin lavabo avec eau de pluie filtrée.
- Une douche à ciel ouvert, alimentée à l’eau de pluie (tiède si le soleil a bien tapé).
- Des toilettes sèches parfaitement entretenues, sans odeurs désagréables.
L’absence de “vraies” toilettes peut surprendre au début, mais, honnêtement, le système est bien géré. En pratique, on oublie très vite que ce sont des toilettes sèches tant c’est propre. Et on retrouve cette cohérence écologique dans tous les détails : pas de mini-bouteilles de shampooing en plastique, mais des savons simples, souvent fabriqués localement.
La nuit : bruits, obscurité totale et vraie déconnexion
Quand la nuit tombe, l’ambiance change radicalement. Ici, pas de pollution lumineuse : le ciel se couvre d’étoiles, et la voie lactée devient une bande lumineuse claire, presque agressive par son intensité. Depuis la terrasse du bungalow, on entend seulement trois sons : l’océan, le vent dans les feuilles, et parfois quelques geckos ou insectes qui se manifestent.
Pour être honnête, la première nuit n’est pas la plus reposante. On n’a plus l’habitude d’une telle obscurité. Chaque craquement de branche, chaque bruit dans les feuilles réveille un peu la vigilance. On se surprend à tendre l’oreille, à essayer de deviner s’il s’agit d’un crabe, d’un lézard ou simplement d’une noix de coco qui tombe. Mais c’est précisément cette absence de filtre qui rend l’expérience aussi forte : on dort vraiment “dans” la nature, pas derrière une baie vitrée climatisée.
Le réveil, lui, est doux : lumière qui filtre progressivement, chants d’oiseaux, et ce bruit de mer qui devient un fond sonore continu. On n’a pas besoin de réveil. À 6h30 ou 7h, le corps se cale naturellement sur le rythme de l’île.
Vie quotidienne au lodge : repas, rythme et rencontres
Les repas : cuisine simple, locale et surprenante
Les repas à Chumbe sont pris dans un espace commun, ouvert sur la mer, souvent avec vue directe sur le récif et le phare. Pas de buffet démesuré comme dans les grands hôtels de Zanzibar, mais une cuisine familiale, bien pensée :
- Beaucoup de produits locaux : poissons frais, légumes, fruits tropicaux.
- Des influences swahilies : currys légers, riz parfumé, chapatis parfois.
- Options végétariennes systématiquement proposées.
Le midi, le repas est souvent plus léger, idéal avant ou après une session de snorkeling. Le soir, lorsqu’on rentre de la plage, affamé après plusieurs heures dans l’eau, les plats paraissent toujours meilleurs que ce qu’ils sont réellement. Objectivement, ce n’est pas de la gastronomie haut de gamme, mais c’est bon, sain et adapté au contexte. On mange bien, sans excès, et on se sent léger.
Le seul vrai bémol, si je dois en donner un, c’est que le choix est limité. Pas de carte, pas de menu à rallonge : on mange ce qui est prévu. Pour certains voyageurs très exigeants ou difficiles, cela peut être frustrant. Personnellement, j’y ai surtout vu un avantage : moins de gaspillage, moins de logistique, plus de cohérence.
Le rythme d’une journée type
Une journée classique à Chumbe s’articule autour de la marée et des activités dans la réserve : snorkeling, balades, observation des oiseaux, découverte de la forêt corallienne. Le temps ne se structure plus sur l’horloge, mais sur la lumière du jour et les consignes des guides.
- Matin : petit-déjeuner, puis snorkeling sur un récif protégé d’une richesse impressionnante. Tortues, poissons-papillons, poissons-perroquets, coraux intacts… on plonge dans un aquarium géant.
- Milieu de journée : temps calme sur la plage ou dans le bungalow, sieste, lecture, écriture. La chaleur est souvent trop forte pour envisager une activité intense.
- Après-midi : balade guidée dans la forêt corallienne, escalade du phare, observation des crabes et des oiseaux de rivage.
- Soir : dîner commun, échanges avec les autres voyageurs, puis retour au bungalow à la lampe torche.
Ce qui m’a le plus marqué, ce n’est pas tant le programme en lui-même que le fait de ne pas avoir de stimulation artificielle. Pas de musique d’ambiance, pas d’écrans, pas de bar avec cocktails à la chaîne. On retrouve un rapport au temps beaucoup plus brut, parfois un peu déroutant, mais extrêmement reposant sur le long terme.
Les rencontres : équipes locales et autres voyageurs
L’équipe du lodge est en grande partie composée de Tanzaniens, souvent originaires de la région de Zanzibar. Beaucoup sont formés sur place à la gestion d’une réserve marine, au guidage, à l’accueil des visiteurs. Les échanges avec eux sont précieux : ils racontent l’avant et l’après création de la réserve, l’évolution de la faune marine, et les défis très concrets de la conservation.
Côté voyageurs, le profil est assez homogène : des gens qui ont déjà une affinité avec l’écotourisme, souvent curieux, respectueux et intéressés par le fonctionnement du lieu. Ça limite les comportements irrespectueux qu’on voit parfois sur d’autres îles où l’alcool coule à flot. Ici, l’ambiance est calme, presque studieuse, mais jamais froide. Les discussions prolongées après le dîner, à la lueur des lampes, font partie intégrante de l’expérience.
Ce qu’on ressent vraiment en dormant au cœur d’une réserve marine
Le contraste avec les plages touristiques de Zanzibar
Si vous arrivez à Chumbe après avoir passé quelques jours à Nungwi, Paje ou Kendwa, le choc est réel. Là où les plages touristiques sont saturées de musique, de vendeurs ambulants et d’activités nautiques bruyantes, Chumbe impose un rythme lent et silencieux.
Pour être transparent, cette rupture n’est pas forcément confortable pour tout le monde. Certains voyageurs ont du mal avec l’idée de “ne rien faire” au sens où on l’entend dans les stations balnéaires classiques. On ne peut pas sortir le soir, il n’y a pas de boîte, pas de bar animé. On est livré à soi-même, à ses pensées, à ses bouquins, à la contemplation.
Personnellement, j’ai ressenti ce séjour comme une sorte de “reset”. Au bout de 24 heures, le besoin compulsif de regarder mon téléphone a diminué. Les émotions sont devenues plus brutes : émerveillement face aux tortues qu’on croise en snorkeling, mais aussi une certaine vulnérabilité face aux éléments, surtout la nuit. Sur une petite île comme celle-ci, on sait qu’en cas de gros problème météo, on est dépendant de la mer et des bateaux. Ce sentiment de fragilité fait partie de l’expérience.
La dimension émotionnelle : beauté, solitude et responsabilité
La beauté de Chumbe est indéniable, mais elle est loin d’être “instagrammable” au sens habituel. Ce n’est pas un décor parfait où tout est mis en scène. C’est un lieu vivant, avec ses imperfections : branches mortes sur la plage, chemins parfois boueux, moustiques présents à certaines saisons, mer agitée certains jours.
C’est précisément ce côté brut qui m’a touché. On ne vient pas ici pour se mettre en scène, mais pour observer, apprendre et se laisser traverser par ce qu’on voit. La réserve est un laboratoire à ciel ouvert : récifs protégés, tortues qui reviennent, coraux qui résistent mieux qu’ailleurs au blanchissement. En dormant sur l’île, on devient, même temporairement, partie prenante de ce projet de conservation. On sent une forme de responsabilité : éviter de gaspiller l’eau, de marcher sur les coraux, de laisser la moindre trace.
Je me souviens très bien d’un moment précis, juste avant de me coucher, au milieu de la nuit. Le vent s’était calmé, la mer était presque silencieuse. Allongé dans mon lit, moustiquaire fermée, je voyais les ombres des feuilles se projeter sur le tissu, avec au loin un léger ronflement d’un générateur solaire qui se coupait. Rien d’extraordinaire en apparence, mais j’ai eu la sensation d’être exactement à ma place, ni envahissant, ni spectateur lointain. Simplement présent.
Les limites et inconforts à accepter
Pour que vous ne tombiez pas de haut, je préfère être clair sur les côtés moins glamour :
- Il fait chaud, parfois très chaud la nuit, même avec la ventilation naturelle.
- Vous ne serez pas totalement isolé des insectes : moustiquaire indispensable, répulsif conseillé.
- Pas de wifi performant, voire pas de connexion du tout : difficile si vous devez travailler à distance.
- Les horaires des bateaux dépendent de la météo : le retour peut être retardé si l’océan se fâche.
Si vous acceptez ces paramètres dès le départ, vous vivrez beaucoup mieux l’expérience. Chumbe n’essaie pas de cacher ses limites. Au contraire, le lieu les assume et les intègre au séjour. À mes yeux, c’est aussi une forme d’honnêteté rare dans l’univers du tourisme.
Infos pratiques et conseils pour bien préparer une nuit à Chumbe Island Eco Lodge
Combien de nuits prévoir ?
Je recommande au minimum une nuit, idéalement deux. Une seule nuit permet de goûter à l’expérience, mais tout s’enchaîne vite : arrivée, snorkelling, dîner, nuit, départ. Avec deux nuits, on a le temps de :
- Faire plusieurs sessions de snorkeling à différentes marées.
- Profiter vraiment du calme de l’île entre deux activités.
- Monter au phare sans se précipiter, prendre le temps de photographier, d’observer.
- Laisser le corps s’habituer au rythme lent du lieu.
Budget et réservation
Chumbe n’est pas une option “petit budget”. Les tarifs sont plus élevés que la plupart des guesthouses de Zanzibar, mais il faut garder en tête que :
- Le prix inclut la traversée en bateau aller-retour.
- Les repas sont compris (pension complète).
- Les activités guidées sur l’île et dans le récif font partie du package.
- Une partie du montant finance directement la conservation et les projets éducatifs.
Les places sont limitées, avec seulement quelques bungalows disponibles. Il est donc impératif de réserver en avance, surtout en haute saison (juillet-août et décembre-janvier). Pour plus de détails sur l’accès, les tarifs actualisés et la meilleure période pour y aller, je vous renvoie vers notre dossier complet pour préparer votre séjour sur l’île de Chumbe, où je centralise les infos pratiques à jour.
Que mettre dans son sac pour une nuit sur place ?
Voyager léger est un vrai plus. Voici ce que je conseille de prendre spécifiquement pour Chumbe :
- Un sac étanche ou au minimum une housse pour protéger téléphone, appareil photo, passeport lors de la traversée.
- Un t-shirt à manches longues et un legging pour le snorkeling (idéal contre le soleil et les frottements).
- Un masque et un tuba si vous préférez le vôtre (même si le lodge fournit le matériel).
- Une lampe frontale ou une petite lampe torche pour les déplacements de nuit.
- Un répulsif anti-moustiques efficace, et éventuellement une crème apaisante.
- Un ou deux livres, carnet de notes, carte mémoire suffisante pour les photos.
- Une veste légère coupe-vent pour le trajet en bateau, surtout si le vent se lève.
Évitez d’emmener :
- Des valises rigides encombrantes.
- Des objets fragiles non protégés (l’air salin + la mer peuvent faire des dégâts).
- Des appareils électroniques superflus : ici, la tentation de les utiliser est faible, et le risque pour eux est élevé.
À qui je recommande (ou pas) cette expérience
Dormir à Chumbe Island Eco Lodge conviendra particulièrement à :
- Ceux qui aiment la nature brute, le snorkeling et l’observation de la faune.
- Les voyageurs sensibles aux enjeux de conservation et d’écotourisme.
- Les couples en quête d’une parenthèse calme, loin des lieux bondés.
- Les photographes animaliers ou sous-marins.
En revanche, je le déconseille, ou du moins je demande de bien réfléchir, à ceux qui :
- Cherchent un confort hôtelier classique avec climatisation, room service et wifi.
- Ont besoin d’une vie nocturne animée, de bars et de musique.
- Supportent mal la chaleur ou ont une phobie marquée des insectes.
- Voyagent avec de très jeunes enfants qui pourraient se sentir perdus sans repères habituels.
Pour ma part, cette nuit (ou plutôt ces nuits) à Chumbe restent parmi les expériences les plus marquantes que j’ai vécues en Afrique de l’Est. Non pas parce que c’était “parfait”, mais justement parce que tout, du vent capricieux aux toilettes sèches, m’a rappelé que voyager en Afrique, c’est aussi accepter l’inconfort, la lenteur et l’imprévu. Sur Chumbe, on dort vraiment au cœur d’une réserve marine, et ça change tout.
