Préparer un combiné safari en Tanzanie et séjour à Zanzibar, c’est jouer avec le temps. Les saisons, les migrations animales, l’état des pistes, la météo sur l’océan Indien… tout se chevauche sans toujours coïncider parfaitement. Et c’est là que les erreurs de timing se glissent. Sur le terrain, je vois souvent les mêmes regrets : un Serengeti noyé sous la pluie, un Zanzibar gris et venteux ou encore un rythme de voyage impossible à tenir. Ce sont rarement des « mauvais choix de destination », mais presque toujours des « mauvais choix de dates ».
Comprendre le timing d’un combiné safari Tanzanie – Zanzibar
Avant de parler d’erreurs, il faut comprendre les grands blocs qui structurent l’année en Tanzanie continentale et à Zanzibar. Je vais rester concret : ce que vous risquez de voir, de rater ou de subir selon vos dates.
Saisons en Tanzanie du Nord : Serengeti, Ngorongoro, Tarangire
La plupart des combinés commencent par les grands parcs du nord : Serengeti, cratère du Ngorongoro, Tarangire, parfois Manyara. Ces zones ont un climat de savane, différent du climat insulaire de Zanzibar.
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Grande saison sèche (juin à octobre)
C’est la période la plus populaire pour les safaris. L’herbe est basse, la visibilité est excellente, les animaux se concentrent autour des points d’eau. Dans le Serengeti, une grande partie de la migration se trouve côté nord vers la rivière Mara (juillet à septembre environ). Les températures sont fraîches le matin, agréables en journée. -
Petite saison sèche (janvier à début mars)
Très intéressante aussi. Dans le sud du Serengeti et Ndutu, les gnous sont en période de mise bas (février surtout). Les paysages sont plus verts, la lumière est superbe, mais les herbes peuvent parfois être plus hautes. -
Petites pluies (novembre – début décembre)
Pluies courtes, parfois intenses, mais souvent entrecoupées d’éclaircies. Les routes sont globalement praticables. Moins de monde, tarifs plus doux. Les animaux sont toujours là, évidemment, mais la densité dans certaines zones peut changer au fil des averses. -
Grande saison des pluies (avril – mai)
C’est là que les choses se compliquent. Les pistes deviennent grasses, certaines zones sont difficiles d’accès ou franchement désagréables à parcourir. Les paysages sont verts et beaux, mais les averses peuvent être longues. Certains camps mobiles du Serengeti ferment ou réduisent fortement leur activité.
Sur le terrain, ce que ça donne : en juin, j’ai pu suivre une lionne pendant plus d’une heure, seule voiture dans un Tarangire jaune et poussiéreux. En avril dans la même zone, j’ai déjà passé une demi-journée à patiner dans la boue avec un 4×4 chargé, fenêtres fermées sous des trombes d’eau. Le même parc, deux réalités.
Climat à Zanzibar : pas toujours carte postale
Zanzibar n’obéit pas exactement aux mêmes codes. L’île a son propre rythme, dicté par les alizés et les pluies tropicales.
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Décembre à mars
Chaleur, humidité, mer souvent agréable. Bonne période pour la plage, la plongée, les sorties en dhow. Janvier-février sont généralement ensoleillés, avec parfois de courtes averses. -
Avril – mai : grosse saison des pluies
Ici aussi, c’est la période la plus compliquée. Pluies fréquentes, parfois plusieurs jours d’affilée, mer agitée, certaines excursions annulées. De nombreux hôtels en profitent pour faire des travaux, voire fermer. -
Juin à octobre
Saison plus sèche, températures un peu plus douces, ciel souvent dégagé. Le vent peut être plus présent, surtout sur certaines côtes, ce qui est parfait pour le kitesurf mais parfois moins agréable pour une simple baignade si vous ne supportez pas la houle. -
Novembre
Mois de transition. On peut avoir un mélange de belles journées et d’averses courtes. C’est variable d’une année à l’autre, mais globalement exploitable pour un combiné, si on accepte un peu d’aléa.
La première erreur de timing, c’est de penser « soleil garanti » à Zanzibar, quel que soit le mois. Ce n’est pas le cas, surtout en avril-mai.
Les erreurs de timing les plus fréquentes
Une fois qu’on a posé le décor climatique, on comprend mieux d’où viennent les frustrations. Sur le terrain, je retrouve toujours les mêmes schémas d’erreurs, souvent liés à un combo mal ajusté entre safaris et Zanzibar.
Partir pendant la grande saison des pluies en pensant « moins de touristes = bon plan »
Réserver un combiné en avril ou mai parce que « c’est moins cher et moins fréquenté » peut sembler malin sur le papier. En réalité, c’est parfois le timing le plus destructeur pour un premier voyage en Tanzanie.
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Sur les safaris : pistes glissantes, temps de trajet rallongés, certaines zones du Serengeti compliquées d’accès, 4×4 bloqués dans la boue, visibilité réduite par les averses. Les animaux sont là, mais vos journées sont rythmées par la météo plus que par la faune.
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À Zanzibar : mer agitée, plages sous la pluie, ciel bouché, excursions en bateau annulées. On peut passer plusieurs jours essentiellement à attendre une accalmie sous un toit de tôle ondulée.
Ceux qui connaissent bien le terrain peuvent exploiter quelques fenêtres météo, cibler des zones où les pluies sont un peu moins violentes, mais pour un premier combiné Tanzanie – Zanzibar, c’est rarement le bon moment pour investir un budget important.
Raccourcir à l’extrême le safari pour « profiter plus longtemps de la plage »
Autre erreur fréquente : 2 jours de safari, 8 jours à Zanzibar. Sur le papier, cela ressemble à un compromis. Sur le terrain, c’est souvent frustrant.
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En 2 jours de safari, vous perdez déjà quasiment une journée en trajets (Arusha – Ngorongoro – Serengeti ou Tarangire – Arusha). Vous n’avez que des aperçus rapides, peu de temps pour laisser la magie du bush opérer. Vous cochez des cases (« j’ai vu des lions »), mais sans vraie immersion.
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Résultat : la partie la plus forte émotionnellement (le safari) est compressée, et la partie la plus standard (la plage, que vous trouverez ailleurs dans le monde) est étirée.
Sur un voyage qui mêle brousse et océan, c’est souvent le safari qui reste gravé, pas le troisième jour consécutif à la même plage. Quand j’échange avec des voyageurs après leur retour, ceux qui ont « raté » leur combiné ont presque toujours le même regret : « On aurait dû ajouter au moins un jour de safari ».
Ne pas tenir compte de la migration des gnous
La grande migration dans le Serengeti n’est pas un événement figé, c’est un mouvement circulaire qui varie un peu chaque année. L’erreur typique : réserver un séjour au nord du Serengeti en juin en pensant voir les traversées de la rivière Mara… alors que la majorité des gnous s’y trouvent plutôt entre juillet et septembre.
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Décembre à mars : les troupeaux sont plutôt au sud (Ndutu, sud Serengeti).
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Avril – mai : ils remontent vers le centre (Seronera).
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Juin à début juillet : migration vers l’ouest et le nord.
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Juillet à octobre : zone nord (Kogatende, Mara) plus active, traversées possibles (mais jamais garanties un jour précis).
Arriver « au mauvais moment » dans la mauvaise zone ne veut pas dire qu’il n’y aura pas d’animaux, mais si votre rêve absolu est de voir la migration, le calendrier doit être précis. Beaucoup se laissent convaincre par des brochures génériques sans date. Sur place, la frustration est énorme.
Ignorer l’impact du vent et des marées à Zanzibar
À Zanzibar, les erreurs de timing ne concernent pas seulement la pluie, mais aussi le vent et les marées.
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Vent (surtout juin à septembre sur certaines côtes) : idéal pour le kitesurf à Paje ou Jambiani, mais parfois trop pour ceux qui veulent juste nager tranquille. La mer peut être plus agitée, l’eau un peu plus fraîche en surface, les sorties snorkeling moins agréables certains jours.
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Marées : sur la côte est, la mer se retire très loin à marée basse. Pour certains, c’est magique (balades sur le récif, pêcheurs au travail). Pour d’autres, c’est une déception : pas de baignade devant l’hôtel plusieurs heures par jour. Le problème n’est pas la marée elle-même, mais le décalage entre les attentes et la réalité.
Réserver « à l’aveugle » sans comprendre ces paramètres peut transformer une simple plage de rêve en compromis permanent avec la nature.
Caler le vol retour juste après Zanzibar sans marge
Dernière erreur courante : planifier un vol international tôt le matin depuis Dar es Salaam ou Kilimandjaro, avec une correspondance serrée après un vol interne Zanzibar – continent. Météo, retards, changements d’horaires de dernière minute : tout peut décaler.
J’ai vu des voyageurs courir dans les couloirs de l’aéroport de Dar, encore en short de plage, tentant de rattraper un long-courrier alors que leur vol intérieur avait accumulé du retard. Le moindre contretemps météo à Zanzibar peut casser toute la fin du voyage.
Construire un itinéraire équilibré entre safari et Zanzibar
Un bon timing, ce n’est pas seulement choisir le bon mois, c’est aussi répartir correctement les jours entre savane et océan.
Commencer par le safari ou par Zanzibar ?
La question revient souvent. Dans les faits, les deux sont possibles, mais l’ordre choisi va influencer votre ressenti.
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Commencer par le safari, finir à Zanzibar
C’est l’option la plus logique pour la majorité des voyageurs. Vous arrivez encore pleins d’énergie pour les levers tôt, les pistes, les longues heures de 4×4. Vous terminez par la plage, les cocktails au coucher du soleil, le rythme ralenti. Psychologiquement, il y a une vraie impression de « descente en douceur » du voyage. -
Commencer par Zanzibar, finir par le safari
Intéressant si vous arrivez très fatigué et avez besoin de deux ou trois jours pour récupérer avant d’attaquer la brousse. Mais danger : certains se mettent trop en mode « farniente » et éprouvent ensuite plus de mal à supporter les journées intenses de safari. L’atterrissage émotionnel se fait parfois brutalement au retour, sans la parenthèse apaisante de la plage.
Sur mes propres voyages, je privilégie presque toujours safari d’abord, Zanzibar ensuite. Le contraste fonctionne bien : poussière, odeur de terre chaude, crissements de pneus sur les pistes… puis sel sur la peau, fruits frais, bruits de vagues.
Combien de jours pour ne pas gâcher l’équilibre ?
Le piège, c’est de sous-estimer le temps nécessaire pour chaque étape.
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Safari nord Tanzanie : en dessous de 4 jours pleins, on reste clairement sur sa faim. L’idéal se situe entre 5 et 7 jours si vous incluez plusieurs parcs (Serengeti, Ngorongoro, Tarangire ou Manyara). Cela vous laisse une marge en cas de pluie ou de longue recherche d’animaux.
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Zanzibar : 3 nuits sur place est un minimum réaliste pour se poser après un safari. 4 à 5 nuits permettent d’alterner plage et excursions (Stone Town, sortie snorkeling, ferme aux épices, etc.). Au-delà d’une semaine complète sur l’île, certains commencent à tourner en rond s’ils ne sont pas de grands amateurs de farniente.
Un combiné équilibré se situe souvent autour de 10 à 14 jours au total. En dessous, le voyage devient trop compressé. Au-dessus, c’est un choix de confort ou un vrai voyage au long cours.
Exemples de combinaisons selon les périodes
Quelques schémas qui fonctionnent bien, à ajuster selon vos envies et budgets.
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Janvier – février : 5 jours de safari (Tarangire ou Manyara + Ngorongoro + sud Serengeti / Ndutu pour la mise bas), puis 4 à 6 jours à Zanzibar. Très bon équilibre entre faune, paysages verts et plage.
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Juin – octobre : 6 à 7 jours de safari (incluant une zone de migration dans le Serengeti selon le mois), puis 4 à 5 jours à Zanzibar. C’est souvent la combinaison « carte postale » : grande faune + mer turquoise.
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Novembre – début décembre : 4 à 5 jours de safari, 3 à 5 jours à Zanzibar. Bonne option pour ceux qui veulent éviter la très haute saison, au prix d’un peu plus d’incertitude météo.
Pour affiner un projet concret et voir comment ces schémas se traduisent en itinéraires détaillés, j’ai rassemblé mes retours de terrain dans mon dossier complet pour combiner safari en Tanzanie et plages de Zanzibar, où je décortique les durées, les parcs à privilégier et les nuances entre saisons.
Choisir la bonne période selon vos priorités
Le « bon timing » n’est pas le même pour tout le monde. Il dépend de ce que vous visez : observer la migration, éviter la foule, pratiquer la plongée ou le kitesurf, voyager avec des enfants…
Voir la grande migration : précision obligatoire
Si votre objectif numéro un est de voir la grande migration des gnous, votre calendrier doit tourner autour d’elle, pas l’inverse.
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Pour la mise bas (février)
Visez la zone de Ndutu et le sud du Serengeti, entre fin janvier et début mars. Là, le timing compte à la semaine près. Arriver trop tôt ou trop tard peut réduire vos chances de voir les grands rassemblements de gnous avec leurs nouveau-nés. -
Pour les traversées de rivières (juillet – septembre)
Visez plutôt le nord du Serengeti (région de Kogatende / Mara). Là encore, rien n’est garanti, même au bon moment, mais réserver en juin pour août ou septembre augmente nettement vos probabilités. Évitez les dates juste après la grande saison des pluies dans cette zone si vous êtes très sensibles à l’état des pistes.
Une erreur de timing typique : réserver à la fois Zanzibar et le safari sur des dates figées (congés imposés, vols déjà achetés) puis tenter de « caler la migration autour ». Sur le terrain, ce sont les troupeaux qui décident, pas le calendrier de votre entreprise.
Éviter la foule et lisser le budget
Si vous êtes plus sensibles au monde autour de vous qu’à la couleur exacte de l’herbe sur les plaines, certaines périodes intermédiaires deviennent intéressantes.
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Mi-novembre – début décembre
Les grandes vacances européennes sont encore loin, la haute saison n’a pas pleinement démarré. Les parcs sont moins saturés que fin juillet-août. À Zanzibar, la météo joue parfois au yo-yo, mais avec des journées franchement belles. -
Début mars
Fin de la petite saison sèche, avant l’arrivée des pluies plus marquées. Les tarifs peuvent être un peu plus souples, les voyageurs moins nombreux. C’est un moment que j’apprécie beaucoup personnellement pour éviter la cohue sur certaines pistes du Serengeti.
Voyager en « bord de saison » impose d’accepter un peu d’incertitude météo, mais permet souvent de retrouver ce que beaucoup cherchent sans le dire : des moments où l’on coupe le moteur du 4×4 sans entendre une autre voiture à l’horizon.
Priorité plongée, snorkeling et kitesurf à Zanzibar
Si l’île n’est pas juste un complément détente, mais une vraie partie active du voyage, le timing change encore.
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Plongée et snorkeling
Globalement bons toute l’année, mais la visibilité peut être réduite en période de fortes pluies (avril – mai). Les périodes de mer plus calme et de bonne visibilité se situent souvent entre décembre et mars, puis de nouveau vers septembre – octobre selon les conditions. -
Kitesurf
Les deux principales saisons de vent à Zanzibar sont généralement :- de juin à septembre (vent plus fort, parfois frais, idéal pour les amateurs confirmés) ;
- de décembre à février (vents en général un peu moins puissants).
À Paje, Jambiani ou Kiwengwa, ces fenêtres conditionnent vraiment l’ambiance sur la plage : voiles colorées dans le ciel ou lagon presque désert.
Caler un combiné safari + Zanzibar autour d’un objectif kitesurf implique souvent d’accepter la haute saison safari (juin – septembre) ou la chaleur plus marquée de décembre – février. L’important est de savoir ce que vous privilégiez vraiment.
Voyager avec des enfants : adapter rythmes et saisons
Les familles tombent souvent dans des erreurs de timing par contrainte de vacances scolaires, mais il reste des ajustements possibles.
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Éviter les longues pluies avec de jeunes enfants
En avril – mai, garder des enfants enfermés dans un lodge pendant des heures de pluie n’a rien de magique. Les safaris sont plus fatigants pour eux, les vêtements mettent du temps à sécher, les piscines ne servent presque pas. -
Limiter les changements d’hôtel à Zanzibar
Mieux vaut 4 ou 5 nuits au même endroit qu’un découpage tous les deux jours. Les enfants s’attachent vite à un lieu, à une plage, au personnel de l’hôtel. Cela rend la fin de voyage plus fluide. -
Choisir des heures de vol plus souples
Plutôt qu’un retour en pleine nuit avec une connexion ultra serrée, viser des plages horaires qui laissent la possibilité de retards sans tout faire dérailler. Un repas et une nuit un peu tranquilles avant le grand vol valent parfois plus qu’une dernière demi-journée de plage.
En famille, le timing ne se résume pas aux saisons : c’est aussi une question de marges. Une journée tampon entre la brousse et l’avion du retour, un rythme un peu ralenti sur l’île, et les tensions tombent.
Au fil des années et des routes parcourues, ce qui ressort systématiquement, ce n’est pas que la Tanzanie ou Zanzibar déçoivent, mais que le calendrier n’a pas été pensé en fonction de la réalité du terrain. Ajuster ses dates et son ordre de voyage, accepter que l’Afrique de l’Est impose son propre tempo, c’est la meilleure façon d’éviter ces erreurs de timing qui gâchent un combiné pourtant plein de potentiel.