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Grande migration des gnous Tanzanie : calendrier naturel et itinéraire mois par mois

Chaque année, la grande migration des gnous en Tanzanie suit un cycle presque immuable, calé sur la pluie, l’herbe et la survie. La première fois que je me suis retrouvé au milieu de ce vacarme de sabots et de beuglements, dans le Serengeti, j’ai compris que ce phénomène ne se résumait pas à un simple « passage » d’animaux. C’est un calendrier naturel millimétré, un itinéraire mouvant qui dicte tout le rythme de la savane.

Si vous préparez un safari en Tanzanie pour observer cette migration, connaître ce calendrier mois par mois change tout. Un même voyage en janvier ou en août ne vous montrera pas le même visage de la brousse. Dans cet article, je vous détaille la route des gnous, leurs pauses, leurs risques et les moments vraiment forts à vivre sur le terrain.

Comprendre la grande migration des gnous en Tanzanie

Un cycle annuel, pas un événement ponctuel

La grande migration n’est pas un spectacle qui se déroule à une date fixe. C’est un mouvement circulaire de plus d’un million de gnous, accompagné de centaines de milliers de zèbres et de gazelles, qui parcourent en continu l’écosystème Serengeti–Mara, entre la Tanzanie et le Kenya.

Le rythme est dicté par un seul facteur : l’herbe. Là où la pluie tombe, l’herbe repousse. Là où l’herbe repousse, les gnous suivent. Il n’y a pas de chef de file, pas de « décision » collective visible. Juste un instinct qui les pousse en avant, parfois vers des zones mortelles, comme les rivières gonflées par les crues.

Les acteurs principaux : gnous, zèbres, prédateurs

Sur le terrain, on se rend vite compte que la migration ne concerne pas que les gnous. C’est tout un cortège :

Quand on suit la migration sur plusieurs jours, on voit la savane changer de visage. Un secteur désert le matin peut devenir noir de gnous l’après-midi. Et inversement, un paysage saturé d’animaux peut se vider en une nuit, ne laissant que la poussière, quelques carcasses et un silence lourd.

Calendrier naturel : la route de la migration mois par mois

Janvier – Février : Naissances dans le sud du Serengeti et Ndutu

En début d’année, la migration se concentre au sud du Serengeti, dans la région de Ndutu et autour des plaines ouvertes. Ici, le sol est riche en minéraux, idéal pour les femelles qui s’apprêtent à mettre bas.

Entre fin janvier et début mars, c’est l’explosion des naissances. En quelques semaines, des centaines de milliers de petits voient le jour. Ce que les images ne montrent pas toujours, c’est la brutalité du processus. Les veaux doivent se lever en quelques minutes, ou ils sont condamnés. Sur place, j’ai vu des petits encore tremblants tenter de suivre le troupeau pendant que les hyènes tournaient déjà au loin.

Mars – Avril : Derniers jours dans le sud, début de la remontée

En mars, les naissances continuent mais ralentissent. Les troupeaux sont plus dispersés, formant de grands tapis mouvants sur les plaines du sud. L’herbe commence à s’épuiser, poussant les animaux à enclencher lentement leur remontée vers le centre du Serengeti.

Avril marque souvent le début de la saison des pluies longues. Les pistes deviennent plus difficiles, certains lodges réduisent leur activité, mais c’est aussi un moment où la fréquentation touristique baisse. On se retrouve parfois presque seul face à des milliers de gnous. Pour moi, c’est l’un des moments les plus bruts à vivre : beaucoup moins de véhicules, des ciels lourds et dramatiques, des orages au loin.

Mai : Longues colonnes en marche vers le centre et l’ouest

En mai, les troupeaux se mettent clairement en route. C’est le moment où l’on observe ces fameuses colonnes de gnous qui s’étirent à perte de vue, parfois sur plusieurs kilomètres. Le bruit des sabots devient un fond sonore constant.

Dans le véhicule, on passe de longues minutes à rouler parallèlement aux troupeaux, les vitres ouvertes, avec cette odeur de poussière et d’animaux qui colle à la peau. Les gnous avancent, s’arrêtent, repartent. Certains se trompent de direction, reviennent sur leurs pas, mais la masse générale continue sa progression vers le nord-ouest.

Juin : Concentration dans le Western Corridor et autour de la rivière Grumeti

Juin est souvent sous-estimé, mais c’est un mois fascinant. Les troupeaux se regroupent dans le Western Corridor, autour de la rivière Grumeti. L’eau devient un obstacle, avec ses crocodiles embusqués et ses berges parfois abruptes. Ce ne sont pas les traversées aussi spectaculaires que celles de la Mara, mais elles sont tout aussi intenses et parfois plus intimistes.

La première fois que j’ai assisté à une traversée de la Grumeti, le guide a coupé le moteur à distance. On entendait juste les grognements, l’hésitation des premiers gnous au bord de l’eau, puis le déclenchement soudain, comme une digue qui cède. Certains traversent à la nage, d’autres glissent, quelques-uns disparaissent définitivement sous l’eau. Rien de théâtral dans la manière dont la nature traite ces retardataires : juste une logique brutale.

Juillet : Remontée vers le nord du Serengeti

En juillet, les troupeaux continuent leur route vers le nord, en direction de la région de Kogatende et du fleuve Mara. C’est une période de transition importante : la masse migratoire se fragmente, des groupes avancés atteignent déjà la zone nord, alors que d’autres traînent encore dans le Western Corridor.

Sur un safari à cette période, il faut accepter une part d’incertitude. Un jour, vous pouvez voir des scènes incroyables de déplacement massif ; le lendemain, le cœur des troupeaux a déjà quitté le secteur. Les bons guides suivent les rapports quotidiens, discutent entre eux à la radio, ajustent l’itinéraire en temps réel. C’est là qu’on mesure l’importance de ne pas figer son planning à l’extrême.

Août – Septembre : Grandes traversées du fleuve Mara

Août et septembre sont souvent présentés comme les mois « stars » de la grande migration des gnous en Tanzanie, et pour cause : c’est la haute saison des traversées de la rivière Mara. Les troupeaux oscillent entre les berges tanzaniennes et kényanes, en fonction des pluies et de la disponibilité de l’herbe.

Sur le terrain, les traversées ne sont jamais garanties. Il faut parfois patienter plusieurs heures face à un groupe de gnous massés au bord de la rivière. Ils descendent, remontent, tournent en rond, hésitent, un individu fait mine de se lancer, se ravise. Puis, sans préavis, un premier gnou plonge. Les autres suivent dans un mouvement presque incontrôlable.

C’est violent, bruyant, dangereux. Des animaux se cassent une patte en tombant sur les rochers, d’autres sont emportés par le courant, certains se noient sous le poids de leurs congénères. Depuis le véhicule, on est à la fois fasciné et mal à l’aise. On se rend compte que cette migration, qu’on fantasme souvent comme un spectacle, est avant tout une question de survie brutale.

Octobre : Dernières traversées et dispersion

En octobre, une grande partie des troupeaux se trouve côté kényan, dans le Maasai Mara, mais beaucoup d’animaux restent encore en Tanzanie ou continuent de faire des allers-retours. Contrairement à ce qu’on imagine parfois, la frontière politique ne signifie rien pour les gnous.

C’est un mois de mouvement diffus. Les grandes scènes de traversées sont encore possibles, mais moins fréquentes qu’en plein cœur d’août ou début septembre. L’intérêt, à ce moment-là, c’est le sentiment d’espace. Les véhicules sont moins nombreux, la lumière de fin de saison sèche est dure mais spectaculaire, et les scènes de chasse sont fréquentes. Les prédateurs profitent des derniers rassemblements massifs avant la dispersion.

Novembre : Retour vers le centre et le sud avec les premières pluies

Avec les premières pluies de courte durée (short rains), les troupeaux quittent progressivement le nord pour redescendre vers le centre et le sud du Serengeti. Sur la route, l’herbe réapparaît, le paysage reverdit, les orages éclatent au loin dans des lumières tranchées.

Sur un voyage à cette période, on voit vraiment la mécanique de la migration se remettre en place. Les animaux suivent les nuages, guettent les odeurs de pluie, se dirigent vers les zones où l’herbe est la plus tendre. Ce n’est pas aussi spectaculaire qu’une traversée de rivière, mais pour qui aime comprendre le fonctionnement global de l’écosystème, novembre est un mois clé.

Décembre : Retour sur les plaines du sud, cycle bouclé

En décembre, le cycle se referme. Les premiers grands groupes de gnous reviennent sur les plaines du sud, vers Ndutu et le sud du Serengeti. L’herbe fraîche les attire à nouveau, en prévision des naissances qui arriveront à partir de janvier.

C’est un mois intéressant pour ceux qui veulent assister au début du cycle, sans la foule de la haute saison. On voit des troupeaux se reconstituer, des interactions sociales reprendre, des mâles tester leur force. La pluie n’est pas encore trop intense, les paysages sont en transition : ni totalement verts, ni totalement brûlés.

Choisir sa période : quel visage de la migration voulez-vous voir ?

Si vous voulez voir des naissances et des bébés gnous

Visez la période fin janvier à début mars. Vous serez au cœur des mises bas sur les plaines du sud. Sur le terrain, c’est une période très forte émotionnellement : on passe des scènes de tendresse absolue à des attaques éclairs de hyènes ou de lions sur les jeunes affaiblis.

C’est aussi un moment où les interactions sociales entre gnous sont plus visibles : courses, bonds, regroupements, cris. On sent une tension permanente entre l’instinct maternel et le besoin de rester en mouvement.

Si vous cherchez les grandes traversées de rivière

Pour les traversées de la Grumeti, ciblez juin. Pour celles de la Mara, privilégiez août et septembre. Mais il faut accepter une part de hasard. Aucune agence sérieuse ne peut vous garantir une traversée à une date précise.

Le meilleur conseil que je puisse donner après plusieurs voyages sur place : prévoyez plusieurs jours dans la même région, plutôt qu’un seul jour à courir d’un secteur à l’autre. En restant 3 ou 4 nuits dans le nord du Serengeti en pleine saison des traversées, vous multipliez vraiment vos chances d’assister à une scène marquante.

Si vous préférez la migration sans la foule touristique

Les mois de mars, avril, novembre et début décembre sont souvent moins fréquentés. Les conditions peuvent être un peu plus difficiles (pluie, pistes glissantes), mais on gagne en authenticité ce qu’on perd en confort.

Je garde un souvenir précis d’un matin de mars, seul véhicule à l’horizon, entouré de milliers de gnous sous un ciel d’orage. Pas de bruit de moteur au loin, pas d’appareil photo qui crépite à côté. Juste la sensation d’être plongé dans un mouvement millénaire qui nous dépasse complètement.

Conseils pratiques pour organiser votre safari migration en Tanzanie

Durée du voyage et rythme sur place

Pour suivre la grande migration des gnous en Tanzanie, comptez au minimum 7 à 10 jours, avec :

Sur le terrain, je recommande toujours de privilégier les journées complètes de safari, avec un départ tôt le matin, un pique-nique dans la brousse, puis un retour en fin d’après-midi. C’est fatigant, mais c’est ce qui permet de coller au mieux au rythme des animaux.

Choisir la bonne zone du Serengeti selon le mois

En simplifiant, l’itinéraire type de la migration en Tanzanie peut se résumer ainsi :

Mais ce schéma reste une base. Chaque année, la météo décale légèrement ce calendrier. Pour aller plus loin sur le sujet, j’ai réuni une analyse plus détaillée des périodes, des zones précises et des observations possibles dans cet article spécialisé sur la migration des gnous en Tanzanie.

Logement : camps mobiles ou lodges fixes ?

Deux grandes options s’offrent à vous :

Personnellement, j’apprécie les camps mobiles quand je veux vraiment « coller » au mouvement des gnous. Se réveiller au son des sabots à quelques centaines de mètres de la tente a quelque chose de très fort. Mais cela implique aussi d’accepter les contraintes : nuits plus fraîches, lumière limitée, sons de la brousse très présents.

État d’esprit à adopter sur place

Face à la grande migration, il faut accepter deux réalités :

Vous pouvez passer trois heures à attendre une traversée qui ne se produira pas, puis tomber, au détour d’une piste, sur une scène de chasse au milieu d’un troupeau que personne n’avait repéré le matin. Cette part d’imprévu fait partie de l’expérience. C’est aussi ce qui la rend, année après année, impossible à copier exactement.

Sur le terrain, je garde toujours en tête une règle simple : regarder autant avec les yeux qu’avec l’objectif. Les images de la grande migration restent en mémoire bien au-delà des photos qu’on ramène. Ce qui marque, ce sont les sons, les odeurs, la poussière, le rythme lent et obstiné de ces animaux qui avancent, encore et toujours, parce que la survie ne leur laisse pas le choix.

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