Le Botswana n’est pas un pays qu’on effleure en coup de vent. Pour en saisir la lumière, les contrastes et surtout le rythme de la faune, 15 jours sur place représentent un compromis idéal. Sur deux semaines, on peut combiner les grandes icônes du pays – delta de l’Okavango, Chobe, Makgadikgadi – tout en gardant du temps pour attendre, observer, cadrer et déclencher au bon moment. C’est cette dimension photo qui guide les itinéraires que je vous propose ici.
Pourquoi un circuit de 15 jours au Botswana est idéal pour un safari photo
Le temps de s’immerger vraiment dans chaque écosystème
Lors de mes premiers voyages au Botswana, j’ai sous-estimé à quel point les distances, les pistes et le rythme des animaux dictent l’agenda. Le matin, les lumières sont parfaites, mais tout se joue dans un créneau serré. L’après-midi, la chaleur écrase les couleurs, puis la golden hour revient très vite. Un circuit de 15 jours permet :
- de passer au moins 3 nuits par zone (parc ou réserve), ce qui augmente radicalement vos chances de bonnes rencontres animalières ;
- de varier les activités photo : safaris en 4×4, sorties en bateau, mokoro (pirogue traditionnelle), affûts au bord des points d’eau ;
- de s’adapter aux conditions : saison, niveaux d’eau, état des pistes, comportements saisonniers des animaux.
En dessous de 10 jours, on court. Au-delà de 15, le budget grimpe vite, surtout en lodges de charme. Sur deux semaines, on peut viser un équilibre : quelques nuits en campings ou camps plus simples, combinées à des étapes plus confortables pour recharger les batteries – les vôtres comme celles de votre matériel photo.
Saisons, lumières et conditions de prise de vue
Pour la photo, tout tourne autour de la saison. Le Botswana n’offre pas le même visage en avril, juillet ou novembre. Voici le retour d’expérience que j’ai accumulé sur place :
- Mai à août (saison sèche, hiver austral) : ciels dégagés, températures fraîches le matin, herbe plus basse, animaux concentrés autour des points d’eau. C’est ma période préférée pour les portraits serrés et les scènes d’action.
- Septembre à octobre : la chaleur monte, la végétation est rase, les points d’eau artificiels ou naturels deviennent des scènes permanentes de tension. Idéal pour les ambiances fortes, mais lumière dure en milieu de journée.
- Novembre à mars (saison des pluies, été) : paysages plus verts, ciels dramatiques, nuages imposants. Moins de poussière, mais plus de moustiques. Les jeunes animaux naissent et les oiseaux migrateurs arrivent, ce qui ouvre un champ incroyable pour la photo animalière et ornithologique.
En 15 jours, on peut construire un itinéraire qui exploite au mieux les conditions du moment. Plutôt que de tout voir, l’idée est de choisir quelques zones clés et de les explorer à fond avec un angle photo assumé.
Itinéraire 1 : Botswana classique en 15 jours – Okavango, Moremi, Savuti, Chobe
Jours 1-3 : Maun et premier contact avec le delta de l’Okavango
Le plus souvent, j’atterris à Maun avec la même sensation : poussière chaude, odeur de kérosène et excitation sourde. Maun n’est pas une ville spectaculaire, mais c’est la porte d’entrée vers l’Okavango.
- Jour 1 : arrivée à Maun, récupération de la voiture (si autotour) ou transfert vers un lodge. Première prise de contact avec la lumière locale, souvent en fin de journée. Pour la photo, j’utilise ce moment pour tester les réglages : balance des blancs, gestion de la poussière, rangement du matériel.
- Jour 2 : survol du delta de l’Okavango en petit avion (Cessna). C’est une expérience que je recommande toujours, même si vous êtes plus « terrain » que prises de vue aériennes. Au lever ou au coucher du soleil, les méandres de l’eau et les îlots deviennent des motifs graphiques parfaits. Longues focales et vitesses élevées indispensables.
- Jour 3 : safari en mokoro dans une concession du delta. La photo est plus lente, plus contemplative. On se concentre sur les détails : reflets, roseaux, silhouettes de sitatungas, oiseaux d’eau. Pensez à protéger votre matériel de l’eau et des éclaboussures.
Jours 4-6 : Moremi Game Reserve – le cœur sauvage du delta
Depuis Maun, je rejoins généralement la réserve de Moremi, soit en 4×4 par la piste, soit en transfert organisé. En trois nuits, on a le temps d’alterner les paysages et les ambiances :
- Zones phares : Xakanaxa, Khwai, Third Bridge. Chacune a sa personnalité visuelle. Les forêts inondées, les plaines ouvertes, les lagunes créent des arrière-plans très différents pour vos sujets.
- Opportunités photo :
- Grands herbivores : éléphants, buffles, girafes, red lechwe, etc.
- Prédateurs : lions, léopards (assez fréquents), lycaons si vous êtes chanceux.
- Ambiances de brume matinale au-dessus des canaux – parfaites pour des images atmosphériques.
En pratique, je conseille deux sorties par jour : un game drive tôt le matin, puis une sortie en fin d’après-midi. En milieu de journée, profitez-en pour trier vos images, sauvegarder sur un disque externe et nettoyer les capteurs si vous changez souvent d’objectifs.
Jours 7-9 : Savuti – paysages secs et scènes d’action
Savuti, dans le parc national de Chobe, est un terrain plus rugueux. Je m’y sens toujours plus « exposé » : poussière omniprésente, lumière brutale, mais c’est précisément ce qui donne à ce secteur son caractère particulier.
- Jour 7 : transfert vers Savuti, souvent l’une des plus longues journées de piste du circuit. Prévoyez une arrivée en milieu ou fin d’après-midi, avec juste le temps d’un premier repérage.
- Jours 8-9 : deux journées complètes de safari. Savuti est réputé pour :
- ses populations de lions avec des comportements de chasse parfois spectaculaires, notamment sur buffles et éléphants ;
- ses hyènes et chacals, souvent faciles à photographier à la tombée de la nuit ;
- ses pans rocheux (kopjes) qui offrent un décor différent pour vos cadrages.
C’est un secteur où je privilégie les longues focales (300 mm et plus) pour saisir les interactions entre prédateurs et proies. Le matin, la lumière rase met en valeur la poussière soulevée par les troupeaux, créant des scènes très graphiques. Prévoyez un sac étanche ou des housses pour vos boîtiers, la poussière est réelle et constante.
Jours 10-12 : Chobe Riverfront – la vie autour du fleuve
En quittant Savuti pour rejoindre Kasane et la bande fluviale de Chobe, on change de décor. Ici, tout s’organise autour du fleuve Chobe, frontière liquide avec la Namibie. C’est l’un des meilleurs endroits au monde pour photographier des éléphants en grand nombre.
- Sorties en bateau au lever et au coucher du soleil :
- Éléphants traversant les bras du fleuve, souvent en file, trompe en l’air.
- Hippos, crocodiles, buffles, antilopes venant s’abreuver.
- Oiseaux aquatiques en vol ou en pêche – un paradis pour ceux qui aiment figer le mouvement des ailes.
- Game drives en 4×4 :
- Nombreux points de vue sur les berges, parfaits pour des silhouettes d’animaux se détachant sur l’eau.
- Scènes de vie : bains de poussière, interactions entre éléphants de générations différentes.
Kasane offre aussi des services pratiques : stations-service, supermarchés, connexions internet un peu plus fiables. J’en profite toujours pour faire un gros backup de mes cartes mémoire et envoyer quelques images à mes proches, histoire qu’ils comprennent où je suis passé ces derniers jours.
Jours 13-15 : retour via Kasane ou Maun, ajustements et temps « tampon »
Les deux ou trois derniers jours servent souvent de marge de sécurité. Le Botswana n’est pas une horloge suisse : une piste inondée, un véhicule en panne ou un check-point peuvent bousculer votre timing. Je conseille :
- 1 nuit supplémentaire à Kasane pour profiter d’une dernière croisière photo sur le Chobe ;
- 1 ou 2 nuits à Maun si votre vol international part de là, avec éventuellement une excursion photo bonus (chevaux, villages, marchés).
Avant de boucler ce circuit « classique », prenez le temps de faire un tri rapide de vos images et de noter les lieux, heures et conditions qui ont fonctionné pour vous. Ces notes sont précieuses si vous rêvez de revenir à une autre saison et d’affiner votre approche photographique.
Itinéraire 2 : Botswana en 15 jours centré sur les grands espaces et les ciels – Kalahari & pans salés
Jours 1-3 : Maun et organisation de la logistique
Pour un circuit orienté « grands espaces » et ambiances minimalistes, la base reste Maun, mais l’angle de voyage change. Ici, on regarde plus vers le sud et l’est, en direction du désert du Kalahari et des pans de Makgadikgadi et Nxai.
Les premiers jours sont similaires : arrivée, tests du matériel, ajustement à la lumière. Cependant, je passe plus de temps à vérifier la logistique : autonomie en carburant, quantité d’eau, état des pneus. Le Kalahari et les pans sont moins indulgents que le delta.
Jours 4-7 : Central Kalahari Game Reserve – solitude et contrastes
La Central Kalahari Game Reserve n’est pas l’endroit le plus riche en densité animale, mais c’est l’un des cadres les plus forts que j’ai photographiés en Afrique australe. Sur 4 jours / 3 nuits, on plonge dans :
- des horizons infinis, où un seul arbre peut devenir le sujet principal d’une composition ;
- une lumière très dure en milieu de journée, mais exceptionnelle à l’aube et au crépuscule ;
- une faune plus discrète, mais souvent très photogénique : oryx, springboks, lions du Kalahari au pelage plus clair, parfois guépards.
Ce n’est pas un secteur que je recommande aux tout premiers safaris, surtout si vous êtes nerveux en autonomie. Mais pour un voyageur déjà un peu aguerri, le Kalahari offre un laboratoire parfait pour travailler :
- les compositions minimalistes, avec un sujet isolé sur un fond nu ;
- les ciels chargés et les orages d’été, qui sculptent la lumière ;
- les silhouettes au soleil couchant, avec des antilopes ou des arbres secs en contre-jour.
Jours 8-11 : Makgadikgadi et Nxai Pans – photo entre désert et mirages
En rejoignant Makgadikgadi et Nxai Pans, on entre dans un monde presque abstrait. Les pans sont d’anciens lits de lacs asséchés, immenses surfaces blanchâtres où l’horizon se fond dans la brume de chaleur. C’est un terrain de jeu fascinant pour qui aime la photo un peu expérimentale.
Selon la saison, on peut vivre deux expériences très différentes :
- Saison sèche :
- Surfaces craquelées, motifs graphiques naturels au sol.
- Baobabs isolés, notamment à Kubu Island, qui deviennent des sujets majeurs au coucher de soleil ou sous les étoiles.
- Ambiance de bout du monde, sans presque aucune pollution lumineuse – idéal pour l’astrophoto.
- Saison des pluies :
- Les pans se couvrent d’eau peu profonde, attirant flamants, zèbres, gnous.
- Reflets et mirages : parfaits pour jouer sur les symétries et les illusions visuelles.
- Risques de pistes boueuses, nécessitant une vraie maîtrise du 4×4.
Personnellement, j’aime couper mes journées en trois blocs :
- Matin tôt : sortie photo orientée faune, si les troupeaux sont dans la région.
- Milieu de journée : sieste, tri des photos, préparation de la session nocturne.
- Fin d’après-midi et nuit : coucher de soleil, puis ciel étoilé, Voie lactée et prises de vue longues poses.
Jours 12-15 : retour vers Maun, ajustements et dernière étape photo
Pour boucler un itinéraire axé sur le Kalahari et les pans, je prévois toujours 2 ou 3 jours de « flexibilité ». Le programme type :
- 1 nuit de transition dans un lodge ou un camp près des pans pour recharger le matériel (batteries, disques durs) ;
- 1 ou 2 nuits près de Maun, avec la possibilité de caler un vol supplémentaire au-dessus du delta ou une sortie en mokoro, histoire de ramener aussi quelques images « eau et verdure » à côté des étendues arides.
Ce type de circuit laisse moins de place aux scènes de chasse spectaculaires, mais il ouvre un champ immense pour travailler la composition, les ciels et les ambiances nocturnes. Si vous avez déjà fait un itinéraire plus classique au Botswana, c’est une excellente façon de revenir avec un regard différent.
Conseils pratiques pour un Botswana circuit 15 jours orienté photo
Choix du matériel photo : aller à l’essentiel
Sur le papier, on a envie d’embarquer tout son arsenal. Sur le terrain, chaque kilo compte, et chaque objectif supplémentaire augmente le risque de poussière dans le boîtier. Avec le temps, je suis revenu à quelque chose de simple :
- Un boîtier principal + un boîtier de secours (même marque, pour partager les batteries et objectifs).
- Une longue focale (300 à 500 mm, fixe ou zoom) pour les animaux.
- Un zoom transstandard (24-70 ou 24-105 mm) pour les scènes de camp, les paysages, les portraits.
- Un objectif grand angle (14-24 ou 16-35 mm) si vous prévoyez de l’astrophoto ou des ciels très larges.
- Un trépied compact et solide, incontournable pour la nuit et les poses longues.
Pensez aussi à :
- Plusieurs cartes mémoire de capacité moyenne plutôt qu’une seule gigantesque (meilleure sécurité en cas de problème).
- Au moins un disque dur externe de sauvegarde, avec si possible un double backup sur un second support.
- Des sacs et housses anti-poussière, surtout pour Savuti, Chobe et le Kalahari.
Organisation des journées : adapter le rythme à la lumière
Pour un circuit de 15 jours, la fatigue peut vite s’installer, surtout si vous enchaînez les réveils à 5 h. Je privilégie un rythme régulier :
- Réveil avant l’aube, café rapide, départ pour le game drive matinal.
- Retour au camp en fin de matinée, petit-déjeuner ou brunch tardif.
- Sieste, rédaction de notes, tri rapide des images en début d’après-midi.
- Départ en fin d’après-midi pour la sortie photo du soir.
- Retour à la nuit, dîner, sauvegarde des photos du jour.
Ce cycle peut sembler répétitif sur le papier, mais sur le terrain, chaque sortie est différente. Le fait de structurer vos journées autour des meilleures lumières augmente largement la qualité globale de vos images.
Se déplacer : autotour ou safaris guidés ?
La question revient souvent : vaut-il mieux louer un 4×4 et conduire soi-même, ou se reposer sur des guides locaux ? Mon expérience est nuancée :
- Autotour :
- Liberté totale de s’arrêter, d’attendre la bonne lumière, de revenir au même spot plusieurs fois.
- Exige une bonne maîtrise du 4×4, une préparation sérieuse et une vraie tolérance à l’imprévu.
- Parfait pour les voyageurs qui aiment aussi l’aspect « expédition » du voyage.
- Safaris guidés :
- Guides souvent très doués pour repérer les animaux, ce qui augmente fortement vos chances de rencontres rares (lycaons, léopards, etc.).
- Moins de stress : logistique, pistes, sécurité gérés par l’équipe locale.
- Moins de contrôle sur les arrêts et le temps passé à un endroit, mais certains lodges sont très orientés photo et adaptent volontiers le rythme.
Sur 15 jours, une option que j’apprécie particulièrement est le mix : quelques jours en autotour dans les zones plus faciles, combinés à un séjour guidé dans un camp spécialisé photo. Pour approfondir la construction d’un tel voyage, vous pouvez consulter ce dossier complet consacré aux itinéraires et circuits de deux semaines au Botswana, qui détaille les variantes possibles selon votre niveau d’autonomie et votre budget.
Budget, réservations et anticipation
Le Botswana est une destination haut de gamme, et un circuit de 15 jours a un coût, surtout si vous visez des camps réputés pour la qualité de leurs safaris photo. Quelques points clés :
- Réservez longtemps à l’avance (6 à 12 mois) pour la haute saison sèche, surtout pour Moremi, Savuti et Chobe Riverfront.
- Prévoyez un budget pour au moins une ou deux activités « premium » : vol en avion léger, safari en bateau privatisé, guide photo dédié.
- Ne rognez pas sur la sécurité : assurance rapatriement, équipement de secours, briefing sérieux si vous partez en autotour.
Sur le terrain, le Botswana récompense la patience et la préparation. Un circuit de 15 jours laisse la place aux imprévus, aux rencontres imprévisibles, mais aussi aux moments de creux où il ne se passe « rien »… jusqu’à ce qu’un lion, un éléphant ou un orage vienne brusquement réécrire la scène sous vos yeux. C’est dans ces interstices que se jouent souvent les images les plus fortes.
