Zanzibar requin-baleine : impact du tourisme et bonnes pratiques pour une rencontre responsable

Entre novembre et mars, au large des côtes de Zanzibar, la mer se remplit de silhouettes immenses et paisibles : les requins-baleines. C’est l’une des rencontres marines les plus marquantes que l’on puisse vivre en Afrique de l’Est, et aussi l’une des plus sensibles. Derrière les photos spectaculaires et les vidéos de snorkelling, il y a une réalité plus complexe : l’impact du tourisme sur ces géants des mers, sur les communautés locales et sur l’écosystème déjà fragile de la région.

Je vais te parler ici sans filtre, comme je l’ai vécu sur place. Entre les sorties à 6h du matin, les bruits des moteurs qui se multiplient et les plongeurs surexcités qui se jettent à l’eau n’importe comment, on se rend vite compte que nager avec les requins-baleines à Zanzibar n’est pas une activité anodine. Bien préparé et bien informé, tu peux transformer cette expérience en un moment fort, respectueux et réellement bénéfique pour la destination.

Comprendre la présence des requins-baleines à Zanzibar

Où et quand observer les requins-baleines autour de Zanzibar

Les requins-baleines fréquentent principalement le sud de Zanzibar, autour de l’île de Mafia et de la côte sud-est de l’archipel. C’est une zone où les courants amènent de grandes concentrations de plancton, leur nourriture principale.

Globalement, la meilleure saison pour les observer s’étend de :

  • Novembre à février/mars : pic de présence, surtout autour de Mafia Island.
  • Matinée plutôt que l’après-midi : la majorité des sorties sérieuses partent entre 6h et 8h.

Important : à Zanzibar, rien n’est garanti. Tu peux passer une matinée entière à scruter la surface sans voir une seule nageoire dorsale, puis te retrouver le lendemain entouré de cinq ou six individus. C’est la règle du jeu quand on parle d’animaux sauvages.

Pourquoi les requins-baleines sont si vulnérables

Le requin-baleine est le plus grand poisson du monde, mais aussi l’un des plus fragiles :

  • Croissance très lente : ils mettent des années à atteindre la maturité sexuelle.
  • Longévité élevée : leur cycle de vie complet est encore mal connu, mais ils peuvent vivre plusieurs décennies.
  • Reproduction peu fréquente : toute perte d’individus a un impact fort sur la population globale.

Les collisions avec les bateaux, le stress répété, le dérèglement de leur comportement alimentaire ou migratoire peuvent sembler abstraits sur le moment, mais cumulés année après année, ils pèsent lourd. C’est là que le tourisme entre en jeu, pour le meilleur ou pour le pire.

Impact du tourisme sur les requins-baleines et les communautés locales

Ce que j’ai observé sur place : entre fascination et dérives

La première fois que je suis parti en mer pour observer les requins-baleines près de Zanzibar, j’étais partagé entre excitation et méfiance. Au petit matin, le port s’animait déjà : guides qui hurlent les prénoms, touristes encore à moitié endormis, moteurs qui toussent dans la pénombre.

Une fois au large, l’ambiance a changé. Dès que le premier requin-baleine a été repéré, tout est allé très vite : accélération du bateau, cris, palmes qu’on enfile en urgence, et des gens qui sautent à l’eau sans écouter les consignes. Autour de l’animal, trois ou quatre bateaux tournaient déjà. Certains clients tentaient de s’approcher au plus près pour « avoir la photo parfaite », frôlant littéralement la tête du requin-baleine. C’est à ce moment-là que tu comprends pourquoi la notion de “rencontre responsable” n’est pas juste un slogan marketing.

Les impacts environnementaux directs

Quand l’activité est mal encadrée, les conséquences sur les requins-baleines et leur environnement sont très concrètes :

  • Stress et modification du comportement : le harcèlement répété (bateaux trop proches, nageurs qui coupent la trajectoire) peut pousser les requins-baleines à changer de zone ou de profondeur, voire à éviter certains secteurs.
  • Risque de collisions : les hélices peuvent causer des blessures sérieuses, parfois mortelles. Les marques de coups d’hélices sur le dos de certains individus ne sont pas rares dans les zones très touristiques.
  • Alimentation perturbée : si l’animal passe son temps à éviter les gens et les bateaux, il se nourrit moins efficacement. À long terme, cela peut affaiblir les individus.
  • Pollution sonore et chimique : les moteurs, les rejets, les crèmes solaires non respectueuses de l’environnement ajoutent une pression supplémentaire à un écosystème déjà fragile.
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Rien de tout cela ne se voit forcément sur le moment. La sortie se termine, tout le monde est content, mais l’impact reste, invisible, cumulé jour après jour.

Un tourisme qui peut aussi soutenir la conservation

L’autre face de la médaille, je l’ai aussi constatée : des opérateurs plus sérieux, qui travaillent avec des scientifiques ou des ONG. Quand c’est bien fait, le tourisme autour du requin-baleine peut devenir un levier de protection :

  • Financement de la recherche : certaines sorties incluent une contribution directe à des programmes de photo-identification, de suivi des populations ou de sensibilisation des pêcheurs.
  • Création d’emplois locaux : bateliers, guides, cuisiniers, staff logistique… L’économie du requin-baleine fait vivre de nombreuses familles, surtout dans des zones où les alternatives sont limitées.
  • Incitation à la protection : quand un village comprend que la présence d’un animal rapporte davantage vivant que pêché, les mentalités évoluent.

Tout l’enjeu, pour toi en tant que voyageur, est de choisir ton camp : encourager les pratiques qui tirent la destination vers le haut, ou alimenter celles qui détruisent ce que tu es venu admirer.

Comment choisir un opérateur responsable à Zanzibar

Les signaux qui doivent t’alerter

Sur place, les offres pour « nager avec les requins-baleines » se ressemblent beaucoup : mêmes photos, mêmes promesses de “rencontre garantie”, mêmes prix cassés sur les stands de plage. Pourtant, certains détails ne trompent pas.

Méfie-toi des opérateurs qui :

  • Promettent une observation garantie à 100 % (personne ne contrôle la mer).
  • Acceptent de partir même avec une mauvaise météo ou une mer formée.
  • Ne parlent jamais de règles de conduite avec les animaux (distance, nombre de personnes à l’eau, durée de l’observation).
  • Te poussent à descendre le prix de manière agressive : si c’est trop bon marché, c’est souvent qu’on compense ailleurs (salaire des équipages, entretien du bateau, sécurité, respect de la faune).

Les critères d’un opérateur réellement éthique

À l’inverse, certains signaux indiquent une approche plus sérieuse. Ce sont vers eux que tu devrais te tourner, même si le prix est un peu plus élevé :

  • Briefing obligatoire avant le départ, avec explication du comportement à adopter dans l’eau.
  • Limitation volontaire du nombre de personnes à bord et du nombre de nageurs à l’eau simultanément.
  • Distance minimale clairement énoncée entre toi et l’animal (et appliquée dans les faits).
  • Des guides qui osent recadrer les clients s’ils s’approchent trop près ou s’ils touchent l’animal.
  • Une collaboration affichée avec une ONG, un programme scientifique ou une autorité de conservation.
  • Une transparence sur l’utilisation d’une partie des revenus pour la communauté locale ou la conservation.

Avant de réserver, n’hésite pas à poser des questions précises : « Combien de personnes maximales dans l’eau en même temps ? », « Respectez-vous un temps limité autour d’un même requin-baleine ? », « Travaillez-vous avec un programme scientifique ? ». Les réponses gênées ou floues en disent souvent plus que des beaux discours marketing.

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Pourquoi payer un peu plus peut être un acte militant

En Afrique australe comme en Afrique de l’Est, j’ai constaté la même chose : le voyageur qui choisit systématiquement l’option la moins chère entretient un système de pression à la baisse. Quand tu acceptes de payer un peu plus pour une sortie mieux encadrée, tu envoies un message : tu n’es pas là seulement pour consommer la destination, mais pour la soutenir à long terme.

Sur le moment, la différence se joue parfois sur quelques dizaines d’euros. Sur plusieurs années, c’est ce qui fait la différence entre une zone durablement attractive et un spot détruit par son propre succès.

Bonnes pratiques pour une rencontre responsable avec le requin-baleine

Avant de monter sur le bateau : préparation et état d’esprit

Une sortie avec les requins-baleines commence bien avant d’enfiler ton masque. L’état d’esprit avec lequel tu pars conditionne en grande partie ton impact.

  • Accepter qu’il n’y a aucune garantie : si tu pars avec l’idée que « tu dois absolument voir un requin-baleine », tu risques de pousser (ou de laisser les autres pousser) à des comportements limites.
  • Choisir une crème solaire “reef-safe” (sans oxybenzone, octinoxate, etc.) ou mieux : la mettre longtemps avant pour qu’elle soit absorbée, et privilégier T-shirt anti-UV et leggings de bain.
  • Préparer ton matériel : masque bien ajusté, palmes confortables. Moins tu paniques dans l’eau, moins tu as tendance à percuter tout ce qui bouge autour de toi.

Dans l’eau : règles de base à respecter absolument

Au moment où le guide crie « Go go go! », tout le monde s’agite. C’est là que tu dois garder ton sang-froid et te rappeler pourquoi tu es là : observer sans déranger. Quelques règles simples peuvent vraiment faire la différence :

  • Garde une distance minimale de 3 à 4 mètres avec le corps de l’animal, et davantage avec la queue (puissante et imprévisible).
  • Ne le poursuis pas : laisse-le venir vers toi si c’est le cas. N’essaye pas de lui couper la trajectoire.
  • Ne touche jamais le requin-baleine : sa peau est fragile, couverte de mucus protecteur. Le contact humain peut le stresser et favoriser les infections.
  • Reste calme : pas de plongée en apnée agressive sous lui, pas de flash, pas de cri inutile. Ta respiration et ton attitude influencent celles des autres autour de toi.
  • Cède ta place après quelques minutes si vous êtes nombreux : tu peux remonter dans le bateau, laisser d’autres personnes profiter, puis éventuellement retourner à l’eau plus tard.

Il m’est déjà arrivé de rester simplement en surface, à bonne distance, à regarder l’animal évoluer sans chercher à m’approcher davantage. L’instant était tout aussi fort, et j’avais la conscience plus tranquille.

Ce que tu peux refuser, même si on te le propose

Certains opérateurs peu scrupuleux peuvent aller plus loin pour satisfaire leurs clients et garantir du spectacle :

  • Nourrissage artificiel pour attirer les requins-baleines vers le bateau.
  • Approches trop rapides en coupant la route de l’animal.
  • Encouragements à « toucher doucement » pour “sentir la texture”.

À chaque fois, tu as la possibilité de dire non. Refuse clairement, explique pourquoi si tu te sens à l’aise de le faire, et si nécessaire, parle-en à l’opérateur à ton retour. Même seul, ton refus compte. C’est comme ça que certains comportements finissent par disparaître : par la pression des voyageurs les plus informés.

Infos pratiques pour organiser une sortie requin-baleine à Zanzibar

Zones principales et types de sorties

Autour de Zanzibar, il existe plusieurs zones connues pour l’observation du requin-baleine, notamment du côté de Mafia Island. Les types de sorties les plus courants :

  • Sorties à la demi-journée : départ tôt le matin, retour en fin de matinée ou début d’après-midi.
  • Journées complètes : combinées avec d’autres activités (plongée sur récifs, pique-nique sur un banc de sable, etc.).
  • Croisières plus longues : parfois intégrées à un itinéraire de plusieurs jours le long de la côte, avec possibilité d’observer d’autres espèces (dauphins, raies, etc.).
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Si tu veux aller plus loin dans la préparation, tu peux consulter notre article spécialisé sur les sorties requin-baleine autour de Zanzibar, qui synthétise les aspects logistiques, saisonniers et les options d’itinéraire possibles en Afrique de l’Est.

Budget et ce que le prix inclut (ou pas)

Les prix varient selon le type de bateau, le sérieux de l’opérateur et la durée de la sortie. De manière générale, méfie-toi des extrêmes : le moins cher et le plus cher ne sont pas toujours les plus adaptés à une pratique responsable.

Vérifie toujours ce que le prix inclut :

  • Matériel de snorkelling en bon état (masque, tuba, palmes).
  • Encadrement par un guide expérimenté, éventuellement formé à la biologie marine.
  • Collation ou repas, eau potable à bord.
  • Assurance, frais éventuels de permis ou de conservation si applicables.

Demande aussi combien de temps effectif tu passeras en mer, et quel est le plan B si les conditions ne permettent pas de voir des requins-baleines (report, autre activité, remboursement partiel…). Un opérateur sérieux a réfléchi à ces questions.

Intégrer l’expérience dans un voyage plus large en Afrique

Ce que je recommande souvent, c’est de ne pas faire de la rencontre avec le requin-baleine l’unique but de ton voyage, mais de l’intégrer dans un itinéraire plus large. Par exemple :

  • Combiner Zanzibar et safari en Tanzanie : quelques jours sur les plages de l’océan Indien avant ou après un safari dans le Serengeti, le parc de Nyerere ou le Tarangire.
  • Explorer d’autres spots marins : plongée ou snorkelling sur les récifs de Mafia ou de Pemba, observation des dauphins, exploration de mangroves.
  • Rencontrer les communautés locales : villages de pêcheurs, projets de conservation communautaire, visites guidées hors des circuits purement balnéaires.

Plus ton voyage est diversifié, moins tu mets de pression sur une seule activité “star”. Et paradoxalement, c’est souvent en arrivant avec moins d’attentes sur une rencontre précise qu’on vit les moments les plus forts.

Adopter une attitude cohérente tout au long de ton séjour

Observer les requins-baleines de manière responsable, c’est une chose. Mais tu peux aller plus loin en adoptant une cohérence globale pendant ton séjour à Zanzibar :

  • Limiter ta consommation de plastique : gourde réutilisable, sac en tissu, éviter les bouteilles à usage unique quand c’est possible.
  • Soutenir les initiatives locales : restaurants tenus par des habitants, guides indépendants sérieux, projets de tourisme communautaire.
  • Respecter les codes culturels : Zanzibar est majoritairement musulmane, pense à adapter ta tenue en ville ou dans les villages.
  • Te renseigner sur l’impact de tes autres activités : quad sur les dunes, balades en jet-ski, sorties en bateau de nuit… toutes ces activités ont aussi un impact.

À force de voyager à travers l’Afrique, j’ai compris une chose : ce ne sont pas seulement les grandes décisions qui comptent, mais l’addition de tous les petits choix que tu fais chaque jour sur place. Ta manière de te comporter avec un requin-baleine en dit beaucoup sur ta manière de voyager en général.