Perché à 5 895 mètres au-dessus du niveau de la mer, le Kilimandjaro domine le continent africain comme un géant silencieux. C’est le plus haut sommet d’Afrique, et aussi l’un des plus mythiques. Situé au nord de la Tanzanie, à la frontière avec le Kenya, ce volcan endormi attire chaque année des milliers de randonneurs du monde entier. Certains rêvent de poser le pied sur son sommet enneigé, d’autres cherchent à défier leurs limites physiques et mentales. Une chose est sûre : l’ascension du Kilimandjaro n’est pas une simple promenade. C’est une aventure. Et pas une petite.
Un volcan mythique au cœur de la savane
La première fois que j’ai aperçu le Kilimandjaro, c’était depuis le parc national d’Amboseli au Kenya. Un lever de soleil spectaculaire, des éléphants marchant lentement devant moi, et en arrière-plan, cette masse imposante surgissant au milieu des nuages. Le Kili ne ressemble à rien d’autre en Afrique australe. Isolé, majestueux, il semble presque irréel au milieu de la savane tanzanienne. Si vous voulez le voir sous cet angle, Amboseli est une bonne option, mais si vous rêvez de l’escalader, la Tanzanie vous tend les bras.
Le Kilimandjaro est un stratovolcan composé de trois cônes : Shira, Mawenzi et Kibo. C’est ce dernier, le Kibo, qui représente le sommet que tous visent, le fameux Uhuru Peak. Malgré sa latitude équatoriale, il est coiffé de neiges éternelles… du moins pour encore quelque temps. Le réchauffement climatique accélère la fonte de ses glaciers, et ceux qui veulent voir le sommet enneigé feraient bien de ne pas trop tarder.
Comment s’y rendre : atterrissage à Kilimanjaro Airport
Pour entamer l’ascension du toit de l’Afrique, la première étape consiste à rejoindre la Tanzanie. Plus précisément, l’aéroport international du Kilimandjaro (JRO), situé entre Arusha et Moshi, constitue le point d’entrée principal. La plupart des voyageurs arrivent via un vol avec escale depuis l’Europe – via Addis-Abeba, Doha, ou Istanbul, selon la compagnie. Une fois sur place, les choses deviennent plus concrètes.
Moshi est la ville la plus proche du parc national du Kilimandjaro. C’est ici que tout commence. Logistique, briefing, dernières courses au marché local pour votre trousse à pharmacie ou une polaire pas chère (ne riez pas, il y fait froid là-haut), et surtout, rencontre avec votre guide et votre équipe. L’ascension ne se fait pas en solo : un guide agréé par le parc est obligatoire. Standard tanzanien, pas de discussion possible.
Choisir sa route : les différentes voies d’ascension
Il existe plusieurs routes pour accéder au sommet, chacune avec ses caractéristiques, ses difficultés et… son prix. Voici un aperçu des principales :
- Marangu Route : surnommée la » voie Coca-Cola « . C’est la plus ancienne, la plus directe, et celle avec des refuges en dur (pas de tentes ici). Elle est plus confortable, mais offre un taux de réussite un peu plus faible en raison d’une acclimatation parfois trop rapide.
- Machame Route : la plus populaire aujourd’hui, surnommée la » voie Whisky « . Plus exigeante physiquement, elle permet une meilleure acclimatation. Très panoramique, elle traverse des paysages variés, des forêts tropicales aux plaines lunaresques de l’ultime ascension.
- Lemosho Route : moins fréquentée et plus longue, donc idéale pour l’altitude. Elle commence à l’ouest du massif et rejoint Machame plus haut. L’idéal selon moi pour ceux qui veulent maximiser leurs chances tout en évitant la foule.
- Rongai Route : la seule venant du nord. Plus aride et moins spectaculaire en termes de paysages, mais parfois un bon choix en saison des pluies, car plus sèche.
Combien de jours prévoir pour l’ascension ?
Entre 5 et 9 jours, selon la route choisie. Mais soyons honnêtes : essayer de gravir le Kilimandjaro en 5 ou 6 jours est une mauvaise idée. L’altitude n’est pas une blague, et les effets du mal aigu des montagnes peuvent se faire sentir très vite. Il ne s’agit pas d’un treks technique – aucun crampon nécessaire – mais l’effort est réel. Si vous pouvez vous offrir une version longue (Lemosho en 8 jours ou Machame en 7), foncez. Vous augmentez vos chances de réussite, et surtout, vous en profitez bien plus.
À quoi s’attendre sur le terrain ?
Oubliez tout de suite le mythe selon lequel l’ascension est » facile « . Certes, vous n’aurez pas besoin de compétences d’alpiniste, mais la montée reste rude. Marches de six à huit heures par jour, froid nocturne, perte d’appétit, maux de tête à 4 000 mètres… Ce n’est pas une balade dominicale. Mais à chaque étape, le décor change et fascine. On commence dans une forêt humide, où les singes colobes s’amusent dans les branches. Ensuite, viennent les landes d’altitude et leurs séneçons géants. Plus haut, la roche et les cendres du volcan dominent, avant d’arriver à l’univers minéral des hauteurs, à la frontière de la neige et du souffle court.
Le sommet, lui, est atteint en général de nuit. Après un repos de quelques heures au camp de base (Barafu ou Kibo, selon la route), le départ se fait vers minuit ou 1h. On marche dans le froid glacial, frontale vissée sur le bonnet, visage battu par le vent, pas après pas, vers un sommet qui semble toujours à trois virages plus haut. Et puis, vient le moment où vous voyez apparaître le célèbre panneau : » Congratulations! You are now at Uhuru Peak, 5895m. » Moments d’émotion, fatigue extrême, sourire gelé. Vous l’avez fait.
Quand partir grimper le Kilimandjaro ?
Les meilleures saisons pour tenter l’ascension sont les périodes sèches : de janvier à mars, et de juin à octobre. Juillet et août sont les mois les plus fréquentés, avec pas mal de groupes. Personnellement, j’ai un faible pour février : temps stable, ciel dégagé, un peu de monde, mais sans excès. Évitez les mois d’avril et mai (saison des pluies), sauf si patauger dans la gadoue fait partie de votre checklist.
Combien ça coûte ?
On ne va pas se mentir, grimper le Kilimandjaro n’est pas une expérience bon marché. Comptez entre 1 500 et 3 500 euros, tout compris (permis du parc, guide, porteurs, nourriture, nuitées). Les variations dépendent de la longueur du trek, de la qualité du service, et du niveau de confort (ex : toilettes portables, tentes spacieuses, repas chauds). Il y a une réalité simple ici : plus vous payez, mieux c’est géré. Mais attention au » trop beau pour être vrai « . Si un opérateur vous propose un tarif moitié prix, méfiez-vous. Beaucoup de porteurs sont maltraités pour rogner les coûts. Optez pour une agence éthique qui respecte les normes KPAP (Kilimanjaro Porters Assistance Project).
Préparation physique : pas un marathon… mais presque
On ne se prépare pas pour le Kilimandjaro comme si on allait faire une balade en forêt. Même sans difficulté technique, c’est un effort d’endurance. Entraînez-vous plusieurs mois avant le départ : randonnées longues, port de sac, montées/descentes, et si possible, sorties en altitude. Le cardio est votre meilleur allié. Ceux qui s’y pointent les mains dans les poches en mode “je verrai bien” finissent souvent en redescente anticipée.
Et n’oublions pas le mental. À 5 heures du matin, dans le noir, avec -10° et un vent tenace, vos jambes ne suffiront pas. Il vous faudra une bonne dose de volonté pour aller chercher ce sommet. Mais croyez-moi : ça en vaut la peine.
Et après l’ascension ? Que faire dans les environs ?
Une fois redescendu (souvent en boitillant), le retour à Moshi est brutal mais savoureux. Une bonne douche, un lit confortable, et une bière Kilimanjaro bien fraîche n’ont jamais semblé aussi agréables. Mais le voyage ne s’arrête pas là :
- Un safari dans le parc national du Serengeti ou du Ngorongoro peut parfaitement s’enchaîner après votre trek.
- Pour ceux qui veulent une pause détente, direction Zanzibar. Plages de sable blanc, eau turquoise : la définition du mot “récompense”.
Le Kilimandjaro est bien plus qu’un sommet. C’est une métaphore de l’Afrique elle-même : une terre de contrastes, de défis, de beautés brutes. Ce n’est pas une montagne que l’on conquiert, mais une expérience qui vous conquiert, vous transforme, et vous suit sur bien plus de 5 895 mètres. Chaque pas sur son flanc est une leçon d’humilité, de patience, et de dépassement de soi. Alors si l’envie vous titille, préparez-vous bien et partez. Là-haut, au sommet du continent, une aventure unique vous attend.
Êtes-vous capable d’atteindre le sommet du Kilimandjaro ?
La grande question qui revient toujours : » Est-ce que moi, avec mon niveau, je peux vraiment grimper le Kilimandjaro ? » La réponse n’est pas binaire. Il ne s’agit pas d’être un athlète d’élite, mais d’avoir un minimum de condition physique, du sérieux dans la préparation et une bonne santé générale.
Concrètement, vous avez de bonnes chances de réussite si :
- Vous êtes capable de marcher 6 à 8 heures par jour pendant plusieurs jours d’affilée, avec des dénivelés positifs.
- Vous pratiquez déjà, au moins occasionnellement, la randonnée, la course à pied, le vélo ou tout autre sport d’endurance.
- Vous acceptez l’idée de dormir sous tente (sauf Marangu) et de sortir de votre zone de confort plusieurs jours d’affilée.
- Vous prenez le temps de vous acclimater en choisissant une route suffisamment longue (7 jours ou plus).
En revanche, certains profils doivent absolument demander un avis médical avant de réserver :
- Antécédents cardiaques, respiratoires ou d’hypertension.
- Grossesse, pathologies chroniques mal équilibrées (diabète, asthme sévère, etc.).
- Antécédents de mal aigu des montagnes sévère (œdème pulmonaire ou cérébral) en haute altitude.
Un check-up chez votre médecin traitant (ou un spécialiste du sport/de la montagne) avant le départ est une excellente idée. Il pourra vérifier votre tension, adapter certains traitements, vous conseiller sur la médication d’urgence (Diamox, par exemple, si nécessaire) et vous rappeler les signes à surveiller. Le Kilimandjaro doit rester un défi, pas une roulette russe.
Aidez les porteurs du Kilimandjaro : choisir un trek responsable
Derrière chaque ascension réussie, il y a une armée de porteurs, cuisiniers et guides sans qui rien ne serait possible. Ce sont eux qui montent les tentes, portent votre sac, le matériel, le gaz, la nourriture… bref, tout. Sans eux, vous ne mettriez jamais un pied sur l’Uhuru Peak. Pourtant, beaucoup sont encore sous-payés, surchargés et mal équipés.
La bonne nouvelle, c’est que vous avez un vrai pouvoir en tant que voyageur. En choisissant une agence responsable, vous contribuez directement à améliorer leurs conditions de travail. Voici quelques critères simples pour identifier un opérateur éthique :
- Il est affilié à la KPAP (Kilimanjaro Porters Assistance Project) ou respecte des chartes équivalentes.
- Il garantit un salaire minimum journalier aux porteurs, déclaré et vérifiable.
- Il limite le poids porté par personne (en général 18–20 kg maximum pour les porteurs).
- Il fournit ou vérifie l’équipement des porteurs (chaussures, vêtements chauds, imperméables).
- Il encourage les pourboires collectifs et transparents, remis en main propre à toute l’équipe en fin de trek.
De votre côté, quelques gestes font la différence :
- Prévoyez un budget pourboires (en général 10 à 15 % du prix du trek) et informez-vous sur la répartition recommandée entre guide, cuisinier et porteurs.
- Évitez les agences » discount » dont les prix cassés reposent presque toujours sur l’exploitation de la main-d’œuvre.
- Si vous avez du matériel en bon état dont vous ne vous servez plus (gants, polaires, bonnets), pensez à en faire don à la fin de votre voyage.
Aider les porteurs, ce n’est pas seulement un geste de compassion. C’est aussi une façon de soutenir un tourisme de montagne durable, qui respecte ceux qui vivent toute l’année au pied du Kilimandjaro. Votre ascension n’en sera que plus belle.
Temps de route du Kilimandjaro vers les îles et les parcs
Une fois votre sommet en poche, il est tentant de prolonger le voyage par un safari ou quelques jours de farniente sur une île. Bonne nouvelle : le Kilimandjaro est idéalement placé pour enchaîner avec les grands classiques de Tanzanie. Reste à savoir combien de temps cela prend et par où passer.
Depuis Moshi ou Arusha, voici les principaux temps de trajet (à titre indicatif) :
- Moshi → Arusha : 1 h 30 à 2 h de route, selon la circulation. C’est le hub principal pour la majorité des safaris dans le nord de la Tanzanie.
- Arusha → Parc national du Tarangire : environ 3 h de route. Idéal pour un premier safari de 2 à 3 jours après le trek.
- Arusha → Parc national du Lac Manyara : 2 à 2 h 30 de route. Souvent combiné avec Tarangire et le Ngorongoro.
- Arusha → Aire de conservation du Ngorongoro : 3 à 4 h de route jusqu’au bord du cratère. Prévoyez une nuit sur place pour profiter pleinement du safari dans le cratère.
- Arusha → Parc national du Serengeti (entrée Naabi) : 6 à 8 h de route, selon l’état de la piste et les arrêts. Dans l’idéal, prévoyez au moins 3 à 4 jours pour un safari Serengeti + Ngorongoro.
Pour les îles, l’avion est votre meilleur ami :
- Kilimanjaro Airport (JRO) → Zanzibar : vols directs fréquents, environ 1 h 15 de vol. Comptez en plus 45 minutes à 1 h de transfert jusqu’aux principales plages (Nungwi, Paje, Jambiani).
- Arusha Airport (ARK) → Zanzibar : quelques vols domestiques, durée similaire (1 h à 1 h 15).
- JRO → Dar es Salaam : 1 h de vol environ, puis ferry pour Zanzibar (2 h) si vous préférez l’option combinée avion + bateau.
Si vous manquez de temps, une combinaison simple et efficace consiste à :
- Faire l’ascension du Kilimandjaro.
- Enchaîner avec 3 à 4 jours de safari (Tarangire, Manyara, Ngorongoro).
- Terminer par 4 à 5 jours à Zanzibar ou sur une autre île (Mafia pour la plongée, par exemple).
En résumé, le Kilimandjaro n’est pas seulement une montagne à gravir, c’est aussi un excellent point de départ pour explorer les parcs mythiques du nord tanzanien et les îles de l’océan Indien. Autant optimiser le voyage jusqu’au bout.
