Zanzibar a la réputation d’être une île douce et nonchalante, mais dès qu’il s’agit de changer de l’argent, l’ambiance se durcit. Entre les bureaux de change informels, les taux fantaisistes et les petites commissions qu’on vous glisse sans prévenir, il suffit d’un peu de fatigue après le vol pour se faire avoir. Lors de mon premier séjour sur l’archipel, j’ai perdu l’équivalent de plusieurs nuits en guesthouse juste parce que je n’avais pas pris le temps de comprendre comment fonctionnait vraiment le change sur place.
Voyageant régulièrement entre la Tanzanie continentale, le Kenya, la Zambie ou la Namibie, je vois toujours les mêmes pièges se répéter. À Zanzibar, ils sont simplement plus concentrés, car tout ou presque tourne autour du tourisme. Voici les erreurs les plus courantes à éviter pour changer son argent sur l’île sans se faire piéger, avec des exemples concrets tirés du terrain.
Ne pas préparer son change avant d’arriver à Zanzibar
Arriver sans argent liquide ou sans stratégie
Beaucoup de voyageurs débarquent à Zanzibar avec uniquement leur carte bancaire en poche, en se disant qu’ils retireront directement au premier distributeur. Sur le papier, l’idée semble raisonnable. Dans la réalité, c’est le combo parfait pour payer trop cher dès les premières minutes sur l’île.
- Les ATM à l’aéroport : souvent fonctionnels, mais avec des frais bancaires cumulés (ceux de votre banque + ceux de la banque locale).
- Des plafonds de retrait bas : parfois limités à 200 000 ou 400 000 shillings tanzaniens (TZS), ce qui oblige à multiplier les retraits.
- Des pannes fréquentes : il m’est arrivé d’enchaîner trois distributeurs HS après un vol de nuit, avec les taxis qui attendent dehors.
Arriver sans le moindre dollar ou euro en poche, c’est vous mettre en situation de faiblesse, exactement quand vous êtes fatigué, pressé, et peu lucide sur les taux de change.
Sous-estimer l’importance des monnaies utiles
À Zanzibar, trois monnaies circulent réellement dans le quotidien du voyageur :
- Le shilling tanzanien (TZS) : pour les dépenses locales (dala-dala, petits restos, marchés, épiceries, villages).
- Le dollar US (USD) : pour les hôtels, excursions, parcs, transferts touristiques, souvent affichés en dollars.
- L’euro (EUR) : accepté dans quelques hôtels, mais beaucoup moins pratique que le dollar.
L’erreur fréquente, c’est de n’amener que des euros en pensant tout jouer sur place. Le problème : les taux de change pour l’euro sont souvent moins intéressants que pour le dollar. En pratique, je conseille d’arriver avec :
- Un petit stock de billets USD récents (série post-2009, propres, sans déchirure).
- Un peu d’euro en secours, au cas où.
- Une carte bancaire sans frais excessifs à l’étranger, uniquement en complément.
Ne pas anticiper cette combinaison, c’est accepter d’être pris au piège des taux défavorables au dernier moment.
Changer son argent au mauvais endroit
Faire son change à l’aéroport sans réfléchir
L’une des erreurs les plus classiques à Zanzibar : se jeter sur le premier bureau de change juste après la récupération des bagages, “pour régler ça vite fait”. C’est exactement ce qui m’est arrivé à mon tout premier voyage en Tanzanie.
Problèmes typiques des bureaux de change d’aéroport :
- Taux très inférieurs à ceux de la ville.
- Commissions cachées : une petite ligne à peine lisible au guichet.
- Conversion double : euro → dollar → shilling, avec perte à chaque étape.
La bonne approche, si vous atterrissez à Zanzibar :
- Changer juste le strict minimum à l’aéroport pour payer le taxi ou un premier repas.
- Faire le gros du change plus tard à Stone Town, ou dans un bureau sérieux conseillé par votre hébergement.
Faire confiance aux “changeurs de rue”
Autre piège redoutable : les hommes qui vous abordent dans la rue, surtout autour du vieux centre de Stone Town ou près des zones très touristiques de la côte, en chuchotant “change money, best rate my friend”.
Sur le moment, ils affichent souvent un taux légèrement plus généreux que les bureaux officiels. En réalité, les risques sont énormes :
- Comptage de billets ultra-rapide avec manipulation pour vous en retirer quelques-uns sous vos yeux.
- Billets abîmés, anciens ou faux, que les shops ou banques refuseront ensuite.
- Petites arnaques psychologiques : ils vous pressent, vous parlent beaucoup, vous flattent pour vous empêcher de recalculer au calme.
Quelques indices pour repérer une situation à fuir :
- La transaction se fait dans un coin de rue ou un hall d’immeuble sombre.
- On vous propose de changer une somme importante “d’un coup, sans reçu”.
- On insiste : “pas de problème, police ok, no issue”.
Dans la plupart des pays d’Afrique de l’Est que je traverse, les “changeurs de rue” sont rarement votre allié. À Zanzibar, avec la forte pression touristique, c’est encore plus vrai.
Se contenter du bureau de change de l’hôtel
Certains hôtels ou lodges proposent un service de change sur place. Pratique, surtout en bord de mer, quand le premier ATM est à 30 minutes de route. Mais là encore, il faut garder en tête que cette commodité a un prix.
- Taux souvent 2 à 5 % moins bons que ceux des bureaux en ville.
- Montants limités : impossible de changer de grosses sommes.
- Aucune vraie négociation possible.
Cela ne veut pas dire qu’il ne faut jamais utiliser le change à l’hôtel. Je l’utilise parfois pour compléter mon cash avant un long trajet ou une excursion. Mais je ne le considère jamais comme ma source principale de shillings.
Ignorer le taux de change réel et les petits frais cachés
Ne pas vérifier le taux du jour avant de changer
Changer son argent sans avoir au moins une idée du taux officiel, c’est accepter de jouer une partie dont on ne connaît pas les règles. Avant chaque départ, que ce soit pour Zanzibar, la Namibie ou le Botswana, je fais systématiquement ces deux choses :
- Je vérifie le taux officiel du jour sur un site fiable ou une application de change.
- Je note dans mon téléphone quelques conversions clés (10 €, 50 €, 100 €) en shillings.
À Zanzibar, beaucoup de bureaux vont afficher leur propre taux, souvent arrondi à leur avantage. Si vous arrivez sans repère, vous avez l’impression que tout est normal. Avec quelques chiffres en tête, vous savez immédiatement si vous perdez 2 %, 5 % ou 10 % dans l’opération.
Accepter des “frais de service” sans broncher
Certains bureaux de change ou hôtels appliquent des frais de transaction additionnels, parfois indiqués en tout petit, parfois même pas du tout. On retrouve souvent :
- Frais fixes par opération (par exemple 5 000 ou 10 000 TZS, peu importe le montant).
- Pourcentage de commission (1 à 3 % en plus du taux déjà défavorable).
- Arrondis systématiques en leur faveur, au moment de vous rendre l’appoint.
Mon réflexe, ancré au fil des voyages :
- Demander clairement : “Y a-t-il des frais ou une commission en plus du taux affiché ?”.
- Faire le calcul sur mon téléphone avant de donner mes billets.
- Si la somme finale ne colle pas à mon calcul, demander une explication immédiate ou annuler l’opération.
Ce simple réflexe m’a évité des dizaines d’euros envolés en Tanzanie, au Kenya, et bien sûr à Zanzibar.
Se laisser piéger par la conversion dynamique (DCC)
C’est un piège plus sournois, lié cette fois-ci à l’usage de la carte bancaire. Quand vous payez par carte dans certains hôtels, restaurants ou boutiques de Zanzibar, le terminal vous propose parfois de payer :
- Soit en shillings tanzaniens.
- Soit directement dans la monnaie de votre pays (euro, franc suisse, etc.).
Cette option, présentée comme un service, s’appelle la « Dynamic Currency Conversion » (DCC). Elle est presque toujours défavorable au voyageur, car :
- Le taux est fixé par l’établissement ou son prestataire, généralement bien pire que celui de votre banque.
- Des frais additionnels peuvent venir se greffer sans transparence.
Mon principe : toujours choisir de payer dans la monnaie locale, ici le shilling tanzanien, même si le commerçant insiste pour “vous aider” en affichant un montant en euros.
Mal gérer le mix entre cash, carte et dollars
Tout payer en dollars sans réfléchir
Beaucoup de voyageurs, surtout ceux qui ne sortent pas des zones touristiques de la côte, finissent par tout régler en dollars US : nuitées, excursions, repas, même les taxis. C’est confortable, mais rarement optimal.
- Quand un prix est affiché en dollars et que vous payez en dollars, le taux n’est plus négociable.
- Vous perdez souvent la marge de négociation locale qu’offre le paiement en shillings.
- Certains prestataires appliquent un taux de change défavorable s’ils convertissent eux-mêmes USD → TZS pour leurs dépenses locales.
Ce que j’applique sur le terrain à Zanzibar :
- Je garde mes dollars pour les dépenses “touristiques structurées” (hôtels, plongée, transferts privés, droits d’entrée).
- J’utilise les shillings pour tout ce qui est local (bouffe de rue, marchés, bus, cafés de village, petites guesthouses).
Cette simple séparation permet souvent de lisser le budget sur plusieurs jours de voyage.
Ne pas anticiper les limites et frais des distributeurs
Retirer de l’argent à un ATM semble anodin, mais à Zanzibar comme dans d’autres pays d’Afrique, il y a quelques détails à surveiller :
- Plafonds de retrait bas : vous devez faire plusieurs retraits pour un montant modeste.
- Frais fixes de votre banque, qui explosent si vous retirez souvent de petites sommes.
- Frais locaux imposés par la banque tanzanienne, parfois indiqués, parfois non.
Pour ne pas me faire avoir :
- Je vérifie avant le départ les frais de ma banque pour les retraits en dehors de la zone euro.
- Je préfère quelques gros retraits espacés (en restant raisonnable pour la sécurité) plutôt qu’une série de petits retraits quotidiens.
- Je choisis de préférence des distributeurs attachés à une vraie banque (CRDB, NMB, etc.) et situés dans des zones passantes.
Garder trop de cash en fin de séjour
Dernière erreur fréquente : changer une grosse somme au début du séjour “pour être tranquille”, puis se retrouver avec une pile de shillings sur les bras la veille du départ. Les bureaux de change acceptent parfois de reconvertir vos TZS en dollars ou euros, mais :
- Le taux retour est encore plus défavorable.
- Certains vous diront carrément qu’ils ne reprennent pas les shillings.
Ma méthode est plus progressive :
- Je fais un premier change modeste, puis j’ajuste au fil des jours.
- À mi-séjour, je prends quelques minutes pour estimer ce qu’il me reste à dépenser (logement déjà payé ou non, excursions prévues, etc.).
- Les deux derniers jours, je règle le plus possible en carte ou en dollars pour éviter de recharger en shillings.
Cette gestion fine évite de “brader” vos derniers shillings dans un bureau aux taux carnivores à l’aéroport.
Manquer de vigilance au moment de la transaction
Ne pas recompter les billets devant le guichet
Qu’on soit à Zanzibar, à Lusaka ou à Windhoek, la règle est la même : on recompte toujours l’argent qu’on nous remet, immédiatement, devant la personne. Pourtant, beaucoup de voyageurs n’osent pas, par gêne ou par peur de paraître méfiants.
À Zanzibar, j’ai vu plusieurs fois la même scène :
- Le caissier compte les billets très vite.
- Il les pose en tas bien rangé.
- Le voyageur les ramasse, remercie, s’en va…
Et réalise plus tard qu’il manque 10 000 ou 20 000 TZS dans le lot. Impossible alors de prouver quoi que ce soit.
Mon rituel est systématique :
- Je prends les billets.
- Je les recompte posément devant le guichet.
- En cas d’erreur, je le signale tout de suite, sur un ton calme mais ferme.
La plupart du temps, l’erreur est “corrigée” immédiatement, sans discussion.
Accepter des billets douteux
À Zanzibar, comme ailleurs, les billets trop abîmés ou trop anciens peuvent poser problème. Certains commerçants les refusent, notamment pour les grosses coupures en dollars. De mon côté, je fais très attention :
- Si un billet est déchiré, scotché, très usé, je le rends immédiatement en demandant un autre.
- Je préfère les billets de petite et moyenne coupure, plus faciles à écouler.
- Pour les dollars, je vérifie qu’ils sont postérieurs à 2009, car certains refusent les anciennes séries.
En Afrique australe comme en Afrique de l’Est, ces détails évitent des discussions inutiles au moment de payer un lodge, un chauffeur ou un guide.
Manquer d’informations globales sur le change à Zanzibar
Changer de l’argent à Zanzibar ne se résume pas à trouver le “meilleur taux”. C’est un équilibre entre sécurité, souplesse, et anticipation. J’ai rassemblé, au fil de mes séjours, une méthode plus complète pour gérer tout ça : combiner intelligemment dollars, cartes, shillings locaux, et choix de bureaux fiables.
Pour aller plus loin et structurer votre stratégie de change sur place, je détaille toutes ces étapes, avec des exemples concrets de lieux et de situations rencontrées, dans notre article spécialisé pour changer votre argent à Zanzibar sans risques inutiles. Cela vous permettra d’aborder votre arrivée sur l’île avec une vision claire, sans improvisation coûteuse.
Sur un voyage en Afrique, qu’il s’agisse d’un safari en Tanzanie, d’un road trip en Namibie ou d’un séjour sur les plages de Zanzibar, la gestion de l’argent n’est jamais anecdotique. Ce n’est pas la partie la plus glamour du voyage, mais c’est souvent elle qui fait la différence entre un séjour fluide et une succession de frustrations. À Zanzibar, les pièges sont bien là, omniprésents, mais avec un peu de préparation et une vigilance lucide, ils cessent d’être une menace pour devenir de simples détails à gérer.