Du nord au sud : voyage imaginaire sur les plus hauts sommets d’Afrique

Quand on pense aux sommets africains, on visualise souvent une silhouette isolée : le Kilimandjaro, coiffé de neiges capricieuses au-dessus des plaines tanzaniennes. Pourtant, du nord au sud du continent, une véritable colonne vertébrale de montagnes traverse déserts, forêts tropicales et savanes arides. J’ai longtemps voyagé au pied de certains de ces géants, parfois en les approchant, parfois seulement en les observant à distance, avec ce mélange de respect et de frustration que connaissent bien les voyageurs qui n’ont pas toujours le temps – ou l’énergie – de tout gravir.

Dans cet article, je vous propose un voyage imaginaire, du nord de l’Afrique jusqu’aux confins australs, à la rencontre des plus hauts sommets du continent. Pas un simple classement de chiffres et d’altitudes, mais un fil conducteur pour comprendre les paysages, les peuples et les ambiances qui façonnent ces montagnes. Si vous préparez un voyage en Afrique, que vous soyez randonneur aguerri ou simple curieux, ces géants de roche et de glace peuvent devenir les repères de vos futurs itinéraires.

Du nord minéral aux premières hautes terres : Atlas, Hoggar et Tibesti

Le Haut Atlas, épine dorsale du Maroc

En remontant mentalement la carte de l’Afrique vers le nord, je commence souvent par le Maroc. Ce n’est pas le pays que je fréquente le plus – je suis davantage ancré en Afrique australe – mais le Haut Atlas marque symboliquement l’entrée dans le continent montagneux.

Le Jbel Toubkal, avec ses 4 167 mètres d’altitude, domine cette chaîne. L’ambiance y est différente de celle de l’Afrique de l’Est : villages en pisé, terrasses cultivées, vallées entaillées par des oueds souvent à sec en été. Ici, la montagne est habitée, travaillée, arpentée depuis toujours. Les sentiers ne sont pas des “trails” pour touristes, mais de véritables routes de vie pour les populations berbères qui y circulent, avec leurs mules et leurs troupeaux.

Pour un voyageur qui prépare un premier trek en Afrique, le Toubkal est souvent un test. L’ascension est relativement accessible, mais il ne faut pas sous-estimer l’altitude, le froid nocturne et la rusticité de certains hébergements. On est loin du confort des lodges de safari. Pourtant, ces nuits dans les gîtes d’altitude, le thé brûlant servi dans des verres ébréchés, les échanges autour d’un feu de bois avec les guides locaux… tout cela fait partie intégrante de l’expérience de montagne en Afrique.

Hoggar et Tibesti : montagnes du désert et sommets isolés

En poursuivant vers le sud-est, on tombe sur un contraste brutal : les massifs du Hoggar (Algérie) et du Tibesti (principalement au Tchad) se dressent en plein désert saharien. Ici, la montagne n’est plus seulement un relief : c’est un repère, souvent le seul, dans un océan de sable et de rocailles.

  • Le Hoggar : dominé par le mont Tahat (2 908 m), il est moins élevé que les géants de l’Est africain, mais son isolement lui donne un caractère presque mystique. Les aiguilles volcaniques qui se découpent à l’horizon rappellent que la terre a ici bouillonné dans un passé géologique pas si lointain.
  • Le Tibesti : culminant au pic Emi Koussi (3 445 m), c’est l’un des massifs les plus reculés d’Afrique. Cratères, plateaux basaltiques, anciennes coulées de lave… le décor semble parfois lunaire. Les conditions climatiques et la situation géopolitique en font une destination très engagée, réservée à ceux qui savent exactement où ils mettent les pieds.

Je n’ai pas encore eu l’occasion de poser le pied sur ces terres sahariennes extrêmes, mais j’ai croisé en Namibie et au Botswana des voyageurs qui en revenaient. Tous décrivaient la même sensation : l’impression d’être passé par un autre monde, où la notion même de “tourisme” disparaît au profit de la simple survie et de l’adaptation. Ici, la préparation logistique est vitale : eau, navigation, sécurité… rien ne doit être laissé au hasard.

Le cœur volcanique du continent : Éthiopie, Rwenzori et Rift est-africain

Les hauts plateaux d’Éthiopie et le massif du Ras Dashen

En glissant vers la Corne de l’Afrique, on arrive en Éthiopie, où les montagnes ne sont plus de simples reliefs isolés mais de véritables hauts plateaux. Le Ras Dashen (4 550 m) est le plus haut sommet du pays, niché dans les montagnes du Simien. Là-bas, c’est un autre visage de l’Afrique qui se dévoile : falaises abruptes, vallées profondes, troupeaux de babouins géladas posés sur des promontoires comme s’ils méditaient sur le vide.

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La première fois que j’ai échangé avec un guide éthiopien (c’était dans un lodge en Zambie, lui travaillait en saison là-bas), il m’a décrit les treks des monts Simien comme “physiques, mais tellement humains”. Ce qui revient souvent dans les témoignages de voyageurs, c’est le mélange entre immersion culturelle et immersion naturelle. Vous ne traversez pas seulement un parc national : vous marchez aussi dans des zones rurales habitées, où les sentiers de randonnée croisent les routes quotidiennes des bergers, des enfants qui vont à l’école, des femmes qui portent du bois ou de l’eau.

Rwenzori : les “Montagnes de la Lune” entre Ouganda et RDC

Plus au sud, à la frontière entre l’Ouganda et la République démocratique du Congo, s’élève un massif dont le nom fait rêver : les Rwenzori, longtemps appelés “Montagnes de la Lune”. Le mont Stanley, avec son pic Margherita (5 109 m), fait partie des rares sommets africains où l’on peut encore fouler des glaciers. Mais ces glaciers reculent chaque année, et les guides que j’ai rencontrés en Ouganda étaient unanimes : “Si vous voulez voir la glace des Rwenzori, ne tardez pas trop.”

Ce massif est l’un des plus exigeants d’Afrique : terrains boueux, météo changeante, passages techniques… On est à des années-lumière du sentier relativement direct qui mène au sommet du Kilimandjaro. Pourtant, pour les amoureux de montagne, c’est un paradis : végétation afro-alpine d’une beauté étrange, lobélies géantes, brumes qui enveloppent les crêtes. Et surtout, très peu de monde sur les sentiers. Quand je préparais mon premier grand voyage en Afrique de l’Est, j’ai longuement hésité entre investir mon temps dans un trek Rwenzori ou multiplier les safaris. Faute de budget et de jours disponibles, j’ai choisi les plaines. Mais les Rwenzori restent en haut de ma liste.

Kilimandjaro, mont Kenya et volcans du Rift : les géants de l’Est

En poursuivant vers le sud, la dorsale montagneuse de l’Afrique suit en partie la faille du Rift est-africain. C’est là que se dressent certains des sommets les plus emblématiques du continent.

  • Mont Kenya (5 199 m) : plus technique que le Kilimandjaro, il attire une clientèle un peu différente, souvent des alpinistes ou des randonneurs déjà expérimentés. Les paysages alternent entre forêts de bambous, landes alpines et parois rocheuses. La dimension spirituelle est forte : pour de nombreux Kényans, cette montagne a un caractère sacré.
  • Kilimandjaro (5 895 m) : le toit de l’Afrique, et de loin la montagne la plus connue du continent. Je me souviens très bien de la première fois où je l’ai aperçu, depuis les plaines du Tarangire en Tanzanie. Il n’était qu’une silhouette pâle à l’horizon, presque irréelle. Mais savoir qu’on peut, en quelques jours de marche, passer de la savane poussiéreuse aux neiges sommitale, c’est une idée qui vous travaille longtemps.
  • Les volcans du nord de la Tanzanie : Ol Doinyo Lengai, Meru… Ces noms reviennent souvent dans les discussions avec les guides de safari. Quand vous traversez la région d’Arusha ou du lac Natron, vous êtes littéralement ceinturé de volcans. Certains, comme le Lengai, sont encore actifs et fascinent par leur caractère imprévisible.

Pour celles et ceux qui veulent approfondir le sujet, j’ai réuni dans un article spécialisé consacré au plus célèbre toit du continent et aux différentes manières d’en préparer l’ascension des informations concrètes : itinéraires, budgets, préparation physique, gestion de l’altitude. C’est typiquement le genre de projet qui ne s’improvise pas, surtout si c’est votre premier 5 000 mètres.

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Entre montagnes et savanes : Drakensberg, Lesotho et reliefs d’Afrique australe

Le Drakensberg : murailles du KwaZulu-Natal

En continuant notre descente imaginaire vers le sud, on quitte l’Afrique de l’Est pour rejoindre l’Afrique australe, mon terrain de jeu habituel. Ici, les montagnes ne sont pas aussi hautes que les géants du Rift, mais elles sont redoutablement photogéniques. Le Drakensberg, en Afrique du Sud, est un long rempart rocheux qui semble protéger l’intérieur du pays.

Les altitudes y oscillent autour de 3 000 à 3 500 mètres, avec quelques sommets emblématiques comme le Thabana Ntlenyana (3 482 m), techniquement situé au Lesotho mais souvent intégré aux itinéraires de trek dans le Drakensberg. Ce qui m’a le plus marqué, lors de mes randonnées là-bas, ce n’est pas tant la difficulté physique que la variété des ambiances :

  • Plateaux herbeux balayés par le vent, où les chevaux du Lesotho trottent en liberté.
  • Falaises abruptes, comme l’amphithéâtre de Royal Natal, qui tombent dans le vide avec une verticalité impressionnante.
  • Sentiers qui longent des rivières claires, parfaites pour se tremper les pieds après une journée de marche.

Ce massif est aussi un excellent terrain d’entraînement pour qui envisage plus tard un trek plus engageant en Afrique de l’Est. Vous y apprenez à gérer une météo capricieuse, des changements rapides de température et la fatigue accumulée sur plusieurs jours de marche, tout en restant dans un environnement relativement sécurisé et bien balisé.

Lesotho : le “royaume dans le ciel”

En enclavé au cœur de l’Afrique du Sud, le Lesotho est un pays de montagne à part entière. Pratiquement tout le territoire se trouve au-dessus de 1 400 mètres, avec des sommets qui dépassent régulièrement les 3 000 mètres. Le surnom de “royaume dans le ciel” n’est pas un slogan marketing : c’est une description assez fidèle de la réalité.

Ce qui m’a frappé, lors de mon passage, c’est la manière dont la vie quotidienne est adaptée à l’altitude. Les Basotho se déplacent à cheval, parfois sur des sentiers que beaucoup de randonneurs européens considéreraient comme déjà “engagés”. Les nuits sont froides, même en été, et les habitations souvent très simples. Pour un voyageur, c’est une leçon d’humilité : vous réalisez vite que, même avec un bon équipement, vous restez un invité dans un environnement que les habitants maîtrisent depuis des générations.

En termes de randonnée, le Lesotho offre :

  • Des treks de plusieurs jours entre villages, parfois avec hébergement chez l’habitant.
  • Des ascensions modérées en altitude mais intenses en dénivelé.
  • Des panoramas sur les plateaux sud-africains et, par temps clair, des couches de collines à perte de vue.

Guide pratique pour approcher les plus hauts sommets d’Afrique

Bien choisir sa région en fonction de son profil

Avant de parler matériel ou entraînement, la première question à se poser est simple : quel type de montagne voulez-vous vivre en Afrique ? Selon vos envies, les options ne seront pas les mêmes :

  • Vous êtes débutant en trek d’altitude : commencez par des massifs accessibles comme le Toubkal (Maroc) ou certains itinéraires du Drakensberg (Afrique du Sud). Les dénivelés sont importants, mais la logistique reste relativement simple.
  • Vous visez un sommet symbolique : le Kilimandjaro est une évidence. Il demande une bonne préparation mais ne requiert pas de compétences techniques en alpinisme. Le mont Kenya peut être une alternative plus sauvage, avec des sections un peu plus techniques.
  • Vous cherchez l’isolement absolu : les Rwenzori (Ouganda/RDC), le Ras Dashen (Éthiopie) ou certains massifs sahariens comme le Tibesti sont plus engagés, moins fréquentés et exigent une logistique sérieuse.

Préparation physique et acclimatation à l’altitude

Sur le terrain, j’ai vu trop de voyageurs sous-estimer l’altitude. En safari, les efforts sont limités : on reste assis dans un 4×4, on se lève tôt mais on ne sollicite pas énormément le corps. En montagne, c’est l’inverse : chaque mètre de dénivelé se paie, et le manque d’oxygène vous rappelle vite que vous n’êtes pas chez vous.

  • Entraînement préalable : plusieurs semaines avant votre départ, habituez-vous à marcher longtemps, idéalement avec un sac chargé. Montez des escaliers, faites des randonnées à la journée sur des terrains variés.
  • Rythme en montagne : la règle “pole pole” (doucement, doucement) que l’on entend sans cesse sur le Kilimandjaro s’applique partout en altitude. Ne partez pas trop vite, même si vous vous sentez en forme les premiers jours.
  • Hydratation et alimentation : buvez plus que d’habitude, même si vous n’avez pas soif. Mangez régulièrement, en privilégiant les glucides lents. L’altitude réduit souvent l’appétit, il faut anticiper.
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Logistique : guides, permis et saisons

Les montagnes africaines ne se parcourent pas comme les Alpes en autonomie totale. Dans de nombreux massifs, la présence d’un guide est obligatoire ou fortement recommandée, tant pour des raisons de sécurité que par respect pour les réglementations locales.

  • Guides obligatoires : Kilimandjaro, parcs nationaux ougandais (Rwenzori), certains itinéraires en Éthiopie. Les agences locales gèrent en général les permis, le matériel collectif et la logistique des camps.
  • Saisons : la période sèche est presque toujours préférable pour la randonnée. En Afrique de l’Est, évitez les grandes pluies (en général mars à mai) qui rendent les sentiers boueux et les pistes d’accès difficiles.
  • Budget : les randonnées en autonomie totale sont rares. Entre les droits d’entrée dans les parcs, la rémunération des guides et porteurs, la location de matériel et la logistique, prévoyez un budget souvent supérieur à celui d’un trek équivalent en Europe ou en Amérique du Sud.

Articuler montagnes, safaris et découverte culturelle

Ce que j’apprécie le plus, lorsque j’organise mes propres voyages ou que je conseille mes lecteurs, c’est la possibilité de combiner plusieurs facettes de l’Afrique dans un même séjour. Les grands sommets ne doivent pas être vus isolément, mais comme des points d’ancrage autour desquels construire des itinéraires variés.

  • Tanzanie : enchaîner Kilimandjaro et safari dans le Serengeti ou le Tarangire est un grand classique. Physiquement exigeant, mais terriblement satisfaisant : passer des neiges à la poussière rouge en quelques jours laisse une trace durable.
  • Kenya : associer mont Kenya et réserves comme le Masai Mara ou Samburu permet de découvrir deux visages très différents du pays.
  • Afrique du Sud et Lesotho : un road trip qui combine Drakensberg, royaume du Lesotho et réserves animalières (Hluhluwe-Imfolozi, Kruger) offre un équilibre intéressant entre randonnée et observation de la faune.

Sur le terrain, cette complémentarité se ressent jusque dans les discussions du soir, autour du feu. Après une journée de marche, les guides de montagne aiment souvent parler des animaux qu’ils ont croisés dans leur enfance, des lions qu’ils entendaient rugir au loin. Et, à l’inverse, les rangers de safari racontent parfois leurs rares incursions en altitude, ces moments où la savane disparaît pour laisser place à des horizons de roche et de glace.

Respecter la montagne et ceux qui y vivent

Un dernier point, que je ne peux pas passer sous silence après toutes ces années à voyager : la montagne africaine n’est pas un décor de carte postale posé là pour satisfaire notre soif de sensations fortes. C’est un espace de vie, souvent sacré, pour les populations locales. Qu’il s’agisse des bergers éthiopiens, des porteurs du Kilimandjaro, des Basotho à cheval ou des guides berbères du Haut Atlas, chacun a sa propre manière de lire et d’habiter ces reliefs.

Concrètement, cela implique :

  • Respecter les règles locales (ramassage des déchets, zones interdites, comportements à adopter dans les villages).
  • Valoriser le travail des guides et porteurs avec une rémunération juste et des pourboires raisonnés.
  • Accepter que certains sommets, certains lieux, ne soient pas faits pour être “conquis” à tout prix, mais simplement approchés, observés, parfois même seulement rêvés.

C’est peut-être ça, finalement, le fil rouge de ce voyage imaginaire du nord au sud : accepter que tous les sommets ne se gravissent pas, mais que chacun peut nous apprendre quelque chose sur l’Afrique, sur ceux qui y vivent, et sur notre propre manière de voyager.