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De la ville à la savane : comprendre chaque porte d’accès d’Arusha National Park

Image pour arusha national park gate

Image pour arusha national park gate

Le matin où j’ai pris la route pour Arusha National Park pour la première fois, la ville était encore à moitié endormie. Les vendeurs de fruits installaient leurs étals, les dala-dalas (minibus) commençaient à se remplir, et au loin, la silhouette du Mont Meru se découpait dans la brume. En moins d’une heure, j’étais passé d’un trafic urbain dense à une piste bordée de forêt tropicale, avec les cris des colobes noirs et blancs pour bande-son. Cette transition brutale résume bien Arusha National Park : un parc “urbain” par sa proximité, mais sauvage dès qu’on franchit ses portes.

Pour profiter pleinement de ce parc un peu à part, il faut comprendre comment on y entre, par quelles portes, et ce que chaque accès permet de vivre comme expérience. On ne parle pas ici de simple barrière avec un ranger, mais de véritables points de bascule entre la ville et la savane, chacun avec sa personnalité, ses contraintes, ses atouts.

Comprendre la géographie du parc et la logique des portes d’accès

Arusha National Park est plus compact que des mastodontes comme le Serengeti ou le Kruger, mais sa géographie est étonnamment variée. On y trouve trois zones clés :

Les portes d’accès sont positionnées de manière à canaliser les flux de visiteurs vers ces différentes zones, tout en protégeant l’écosystème. Trois entrées sont essentielles à connaître quand on part d’Arusha ville :

Avant de parler de chaque porte, il faut avoir en tête deux réalités très concrètes du voyage en Tanzanie : le temps de route et la bureaucratie des parcs nationaux. Les deux peuvent transformer un safari de rêve en journée frustrante si on s’y prend mal.

Ngongongare Gate : la porte la plus directe depuis Arusha ville

Accès, temps de trajet et conditions de route

Ngongongare Gate est l’entrée la plus logique quand on quitte Arusha au petit matin. Depuis le centre-ville, comptez en moyenne 45 minutes à 1 heure de route, selon le trafic. On suit la route principale en direction de Moshi, puis on bifurque sur une piste qui file vers les collines du parc. Les premiers mètres sont souvent encombrés de motos, de piétons et de camions, puis, assez brutalement, la circulation se vide et la végétation se densifie.

En saison sèche, la piste jusqu’à la porte est généralement en bon état, praticable pour un 4×4 standard sans souci majeur. En saison des pluies, des ornières et des zones boueuses peuvent compliquer le trajet, surtout pour les véhicules trop chargés ou les conducteurs peu expérimentés. Si vous êtes en autotour, je recommande fermement un 4×4 avec bonne garde au sol, même si certains locaux y vont avec des berlines fatiguées. La logique du voyageur prudent n’est pas la même que celle du Tanzanien qui connaît chaque nid-de-poule par cœur.

Formalités à l’entrée : comment ne pas perdre une heure inutile

À Ngongongare Gate, on entre dans le monde très particulier des parcs nationaux tanzaniens, gérés par la TANAPA (Tanzania National Parks Authority). Concrètement, voici ce qui vous attend :

Les droits d’entrée sont calculés par personne et par jour (24 heures), avec un supplément pour le véhicule. La plupart des agences règlent ces frais à l’avance et vous ne verrez rien de tout cela, mais si vous voyagez par vous-même, anticipez :

Je me souviens d’un couple d’Européens, arrivé vers 11h justement, qui avait “oublié” que leur carte bancaire ne fonctionnait pas toujours hors Europe. Ils ont passé plus d’une heure à tenter des paiements, à téléphoner à leur banque par WhatsApp et à négocier. Résultat : ils ont perdu la meilleure lumière du matin pour les animaux et la vue sur le Meru. C’est le genre de détail administratif qui peut plomber une journée, donc ne le prenez pas à la légère.

Quels itinéraires envisager depuis Ngongongare Gate ?

À partir de cette entrée, un réseau de pistes bien balisées se déploie à travers la forêt et les zones ouvertes. Ngongongare est idéale si vous prévoyez :

Depuis Ngongongare, on accède facilement au secteur de Ngurdoto Crater, avec ses points de vue en balcon sur la caldeira. Les buffles, les phacochères et les antilopes sont fréquents dans cette zone, tout comme les cercopithèques à diadème et les colobes noirs et blancs. Pour un premier contact avec la faune, c’est une mise en bouche efficace.

C’est aussi via cette porte que se lancent, en général, les excursions de marche accompagnées d’un ranger armé. On peut suivre des sentiers à travers les forêts de figuiers géants, jusqu’à des cascades et des points de vue sur le Mont Meru. La marche n’est jamais complètement “facile” (chaleur, dénivelé, terrain parfois glissant), mais pour quelqu’un en forme correcte, c’est accessible.

Momella Gate : la porte tournée vers les lacs et le Mont Meru

Une entrée plus isolée, mais stratégique

Momella Gate se trouve plus au nord-est du parc, dans une zone où les collines laissent progressivement place à un paysage plus ouvert, puis aux fameux lacs de Momella. Par cette entrée, on sent déjà que l’on s’éloigne de la ville : la sensation de “bordure de parc urbain” disparaît pour laisser place à quelque chose de plus reculé, plus silencieux.

L’accès depuis Arusha est un peu plus long que pour Ngongongare Gate. Comptez plutôt 1h15 à 1h30 selon l’état des pistes et la saison. Cette porte est particulièrement importante pour deux types de voyageurs :

Point de départ des treks sur le Mont Meru

Si vous visez le Mont Meru, Momella Gate deviendra un nom que vous ne pourrez plus oublier. C’est ici que l’on commence l’ascension officielle, après les inévitables formalités : enregistrement, vérification du permis d’ascension, rencontre avec les guides et porteurs. Le contraste est flagrant entre l’excitation des marcheurs fraîchement débarqués et le calme posé des rangers, qui en ont vu d’autres.

À chaque fois que j’y passe, je repère toujours le même mélange dans les regards : une pointe d’angoisse, une grosse dose d’adrénaline, et parfois une naïveté totale sur ce qu’implique réellement de monter un sommet d’altitude, même “secondaire” par rapport au Kilimandjaro. Momella Gate est donc plus qu’une simple barrière : c’est le sas avant plusieurs jours d’effort.

Pour ceux qui ne montent pas au sommet mais souhaitent faire de la marche à la journée ou sur deux jours, cette porte offre des alternatives intéressantes :

L’accès idéal aux lacs de Momella

Les lacs de Momella constituent l’une des cartes postales les plus marquantes d’Arusha National Park. La couleur de l’eau varie du bleu au vert laiteux, en fonction de la composition minérale, et les rives sont souvent occupées par des troupeaux de girafes ou des groupes de zèbres. Pour les amateurs d’oiseaux, c’est une petite Mecque : flamants, canards divers, ibis, aigles pêcheurs… la liste s’allonge très vite sur un carnet d’observation.

En pratique, venir par Momella Gate permet :

À titre personnel, les meilleures lumières que j’ai eues sur les lacs de Momella datent de départs très matinaux par cette porte. Un brouillard léger flottait sur l’eau, les silhouettes des girafes se découpaient comme des ombres chinoises, et au loin, le Kilimandjaro se laissait deviner, presque translucide. Ce genre de moment ne se produit pas en arrivant à 11h, sous le soleil vertical, après un départ tardif d’Arusha.

Accès secondaires et points de contrôle internes : ce qu’il faut savoir

Pourquoi on parle peu des autres portes

Sur la carte officielle du parc, vous verrez d’autres points de passage, des contrôles internes et parfois des “gates” que les locaux connaissent bien. Pour le voyageur classique – qu’il soit en safari organisé ou en autotour – ces accès restent généralement hors de portée ou non recommandés, pour une raison simple : ils ne sont pas prévus comme portes d’entrée principales pour les visiteurs.

En pratique, ces accès secondaires servent surtout :

Si vous voyagez avec une agence sérieuse, c’est elle qui décidera d’utiliser ou non ces pistes, en fonction de l’état du terrain, des autorisations et des conditions de sécurité. En auto-conduite, je déconseille fermement de “tenter sa chance” en suivant une piste non clairement identifiée comme accessible : on se retrouve très vite face à une barrière fermée, une piste impraticable ou un secteur restreint, sans possibilité simple de faire demi-tour.

Les contrôles internes : ne pas être surpris

À l’intérieur du parc, il existe parfois des points de contrôle où les rangers vérifient que :

C’est rarement intrusif, mais il faut s’y préparer : gardez toujours vos documents à portée de main, ne discutez pas inutilement les consignes, et souvenez-vous que le premier rôle des rangers est la protection du parc, pas la satisfaction du touriste pressé.

De la ville à la savane : choisir la bonne porte selon son type de voyage

Vous avez une seule journée de safari depuis Arusha

Dans ce cas, Ngongongare Gate est presque toujours la meilleure option. Elle minimise le temps passé sur la route depuis la ville et permet de concentrer l’énergie sur ce qui compte réellement :

Concrètement, un planning réaliste ressemble à ceci :

Pour tous les détails sur les paysages, la faune et la meilleure manière d’organiser ce type de journée, j’ai réuni mes retours d’expérience dans un article approfondi dédié aux spécificités d’Arusha National Park.

Vous partez pour un trek sur le Mont Meru

Dans ce scénario, Momella Gate est la porte incontournable. Tout votre séjour va s’articuler autour de ce point :

Je conseille toujours d’arriver la veille à Arusha, de vérifier votre matériel (vêtements chauds, chaussures, frontale, médicaments, etc.) et de partir tôt vers Momella Gate le jour J. Perdre du temps au départ, c’est arriver plus tard au premier refuge, sous une météo potentiellement moins clémente, avec moins d’énergie pour profiter du décor.

Vous voyagez en famille avec de jeunes enfants

Avec des enfants, la priorité devient le confort et la souplesse. Ngongongare Gate s’impose souvent par :

Attention toutefois : les règles de sécurité restent strictes. On ne sort pas du véhicule en dehors des zones autorisées, les enfants ne doivent pas courir ou crier près des animaux, et les rangers peuvent refuser certaines activités si les conditions ne sont pas réunies (âge, météo, comportement des visiteurs, etc.).

Vous êtes photographe ou passionné d’oiseaux

Dans ce cas, votre porte d’entrée dépendra surtout des zones que vous visez.

Dans l’idéal, sur deux jours, alterner les deux entrées permet de couvrir l’éventail complet des paysages du parc. Mais cela implique une bonne coordination avec votre guide ou votre agence, notamment pour ne pas perdre trop de temps à faire des allers-retours inutiles entre les portes.

Logistique pratique : horaires, saisonnalité et sécurité aux portes

Horaires d’ouverture et de fermeture

Les parcs tanzaniens, Arusha inclus, fonctionnent sur un principe simple : activité diurne uniquement. Les portes ouvrent généralement en début de matinée et ferment en fin d’après-midi, à des horaires variables selon la saison et la luminosité. Arriver en retard à une porte peut signifier :

Soyez particulièrement attentif aux marges de sécurité : en Afrique de l’Est, un trajet annoncé pour 45 minutes peut rapidement se transformer en 1h15 entre un camion en panne, une averse ou un contrôle de police impromptu.

Meilleures saisons pour chaque type d’accès

La saison a un impact direct sur l’état des pistes menant aux portes :

Pour Momella Gate, située dans une zone parfois plus exposée aux intempéries, je recommande encore plus vivement un vrai 4×4 en saison des pluies, avec chauffeur expérimenté. C’est dans ces conditions que l’on mesure la différence entre un simple conducteur urbain et un guide habitué aux pistes africaines.

Sécurité : entre contrôle des animaux et gestion des foules

Les portes d’accès jouent aussi un rôle de filtre sécuritaire : on y vérifie non seulement vos papiers, mais aussi l’absence d’objets dangereux ou de comportements inadaptés. Quelques règles de base à respecter :

En quittant Arusha-ville vers le parc, on transporte forcément avec soi une partie de nos réflexes de citadins pressés. Les portes d’accès sont là pour nous rappeler qu’entrer dans un parc africain n’a rien d’anodin : c’est franchir une frontière invisible entre un monde organisé autour de l’humain, et un espace où ce sont les rythmes de la nature qui dictent la journée.

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