Quand on parle du Serengeti, on pense tout de suite à la grande migration, aux plaines infinies et aux scènes de chasse au lever du jour. Mais derrière ces images de carte postale se cache une réalité très précise : le climat du Serengeti rythme absolument tout. La lumière, la poussière, la hauteur de l’herbe, la disponibilité de l’eau, le comportement des animaux… et votre expérience sur place. Comprendre ce cycle climatique, c’est la clé pour choisir vos dates de voyage, votre itinéraire et même votre style de safari.
Comprendre le climat du Serengeti : les grandes lignes
Le Serengeti est situé au nord de la Tanzanie, à une altitude moyenne comprise entre 1 000 et 1 800 mètres. Ce plateau relativement élevé lui offre un climat plus tempéré que l’on pourrait l’imaginer en pensant à l’Afrique “de carte scolaire”. On n’est pas dans une chaleur écrasante permanente, mais dans des variations fines, très marquées par les saisons des pluies et le déplacement des troupeaux.
Saison sèche vs saisons des pluies : un rythme bien particulier
Contrairement à d’autres régions du monde, on ne parle pas ici de quatre saisons classiques. Le climat du Serengeti est articulé autour de :
- Une longue saison sèche : généralement de juin à octobre
- Une courte saison des pluies : autour de novembre – début décembre
- Une courte saison sèche : fin décembre à février (variable selon les années)
- Une grande saison des pluies : mars, avril, parfois début mai
Ce sont ces alternances d’averses et de périodes sèches qui déclenchent la pousse de l’herbe, remplissent les points d’eau et guident la grande migration. Sur le terrain, je le ressens d’abord dans l’air : odeur de terre mouillée après les premières pluies de novembre, poussière sèche et fine qui colle à la peau quand on roule en plein mois d’août, fraîcheur saisissante des nuits de juillet où l’on enfile une polaire avant de monter dans le 4×4.
Températures : chaud dans la journée, frais la nuit
Les écarts de température sont moins extrêmes qu’on ne l’imagine, mais ils sont suffisamment marqués pour influencer votre confort en safari.
- En journée : les températures tournent généralement entre 24 et 30°C. En saison sèche, le soleil tape fort, surtout sur les plaines dégagées du Serengeti central et du nord.
- La nuit : c’est une autre histoire. En particulier entre juin et août, il peut faire 10°C, parfois un peu moins. Sous la tente, on sent bien la chute des températures, surtout si le camp est légèrement en altitude.
Sur plusieurs de mes séjours, j’ai vu des voyageurs arriver en t-shirt léger pour les safaris du matin, complètement surpris de devoir enfiler une doudoune prêtée par le camp à 6 h du matin. Dans le Serengeti, le contraste entre la chaleur de midi et le froid matinal fait partie de l’expérience.
Le cycle des saisons du Serengeti, mois par mois
Pour vraiment saisir comment le climat façonne le Serengeti, il faut le lire dans le temps. Chaque période de l’année transforme le décor et la manière dont les animaux se déplacent.
Janvier – février : les plaines du Sud et les naissances
En début d’année, la majorité de la grande migration (gnous, zèbres, antilopes) se concentre dans le sud du Serengeti, vers Ndutu et les plaines courtes proches de la zone de conservation du Ngorongoro. Les pluies de novembre et décembre ont fait pousser une herbe rase, très nutritive, idéale pour les femelles gestantes.
- Climat : généralement chaud en journée (25–28°C), averses possibles mais souvent courtes, nuits plus douces que pendant la grande saison sèche.
- Paysages : plaines vertes, herbe courte, visibilité excellente pour observer les prédateurs.
- Faune : c’est la pleine saison des naissances des gnous (février est particulièrement intense). Des milliers de petits naissent en quelques semaines, attirant lions, guépards et hyènes.
Sur place, on ressent une tension permanente : la douceur du climat et l’abondance de nourriture masquent mal le fait que chaque nouveau-né est une proie potentielle. C’est une période où la météo est plutôt clémente pour le voyageur, mais émotionnellement très dense.
Mars – avril : la grande saison des pluies
À partir de mars, les pluies deviennent plus sérieuses. Ce ne sont plus de simples averses : certains jours, le ciel reste bouché une bonne partie de l’après-midi et des pistes deviennent boueuses, voire impraticables.
- Climat : fortes averses possibles, taux d’humidité élevé, températures stables autour de 24–27°C.
- Paysages : verdure très marquée, herbe plus haute, ciels spectaculaires, orages au loin.
- Faune : la migration commence à se morceler doucement. Les points d’eau étant nombreux, les animaux se dispersent davantage.
Voyager à cette période, je le recommande uniquement à ceux qui acceptent un peu d’inconfort : routes plus compliquées, risques de pluie pendant les sorties, mais ambiance unique. Le Serengeti semble reprendre son souffle. Les couleurs sont incroyables, et les orages du soir donnent des paysages que je n’oublie pas.
Mai – juin : fin des pluies et début de la grande saison sèche
En mai, les pluies diminuent, mais l’herbe reste encore haute dans certaines zones. On est dans une phase de transition : les pistes s’assèchent, le ciel se dégage, les journées deviennent plus claires et les nuits commencent à bien fraîchir.
- Climat : pluies résiduelles en début de période, puis alternance de soleil et de nuages, baisse progressive de l’humidité.
- Paysages : encore très verts, mais le contraste entre le vert des plaines et le bleu du ciel devient plus marqué.
- Faune : la grande migration remonte vers le centre puis le nord du Serengeti. Des colonnes de gnous commencent à se former vers les régions de Seronera, puis plus au nord.
Pour un safari, c’est une période que j’apprécie particulièrement : moins de monde qu’en haute saison, une bonne densité animale, et un climat qui devient de plus en plus agréable pour passer de longues heures en véhicule sans étouffer.
Juillet – octobre : saison sèche, grandes concentrations et ciels limpides
De juillet à octobre, on est dans le cœur de la saison sèche, ce que beaucoup considèrent comme “la” meilleure période pour un safari au Serengeti. L’absence de pluie ou presque, les températures agréables et la concentration des animaux autour des points d’eau en font un terrain de jeu idéal pour l’observation.
- Climat : journées ensoleillées, air sec, nuits froides (parfois en dessous de 10°C), vent possible.
- Paysages : herbe courte, parfois jaunie, poussière dans l’air, visibilité maximale.
- Faune : la migration est en général au nord du Serengeti, proche de la frontière kenyane, avec les célèbres traversées de la rivière Mara (variable selon les années, entre juillet et octobre).
Sur le terrain, le climat change votre façon de vivre le safari. On part tôt, emmitouflé, café brûlant à la main. Vers 9–10 h, le soleil chauffe vraiment, on enlève les couches une à une. L’après-midi, la lumière devient dure, mais c’est aussi le moment où les animaux viennent boire. Les nuits étoilées sont d’une pureté étonnante grâce à l’air sec.
Novembre – décembre : retour des pluies, renouveau des plaines
En novembre, souvent aidées par l’arrivée des vents de l’océan Indien, les premières pluies reviennent. On les appelle “petites pluies”, mais sur certaines journées elles peuvent être impressionnantes. C’est le signal pour la migration de quitter progressivement le nord et le centre, et de redescendre vers le sud.
- Climat : averses souvent en fin de journée, air plus humide, températures agréables (24–28°C).
- Paysages : le vert réapparaît progressivement, les plaines se colorent, la poussière retombe.
- Faune : les troupeaux commencent à se concentrer de nouveau dans le sud, préparant la saison de reproduction et de naissances à venir.
Voyager à ce moment, c’est assister à un Serengeti en transition : encore une belle densité animale, un climat parfois instable mais rarement catastrophique pour le voyage, et un sentiment de renouveau très fort après la longue sécheresse.
Comment le climat façonne la grande migration animale
On parle souvent de la migration des gnous comme d’un spectacle, mais c’est avant tout une réponse brutale et pragmatique au climat. Ce ne sont pas les calendriers qui guident les animaux, mais la pluie et l’herbe.
La pluie, moteur principal de la migration
Les gnous et les zèbres suivent la pousse de l’herbe. Quand les premières pluies tombent sur une zone, quelques jours plus tard, l’herbe y est plus tendre, plus riche, plus nutritive. Les troupeaux le sentent, littéralement. Chaque année, la trajectoire globale est la même, mais le timing exact varie selon :
- La date d’arrivée des premières pluies
- La quantité d’eau tombée
- La durée des averses
Dans les faits, le climat du Serengeti crée une sorte de “carrousel” :
- Décembre – mars : les troupeaux profitent des plaines herbeuses du Sud, riches en minéraux, parfaites pour la mise bas.
- Avril – juin : au fur et à mesure que les pluies se déplacent et que l’herbe du Sud est broutée, la migration remonte vers le centre, puis le couloir de l’Ouest.
- Juillet – octobre : en pleine saison sèche, les animaux recherchent les dernières zones où l’herbe tient bon et où l’eau demeure disponible, principalement au nord, autour de la rivière Mara.
Sur plusieurs années, j’ai pu constater à quel point le climat redistribue les cartes : une saison des pluies tardive, et la migration reste plus longtemps au nord. Des pluies plus généreuses que prévu dans le centre, et les grands troupeaux y stationnent plus longtemps. Aucun opérateur sérieux ne vous garantira une date précise de passage à un endroit donné : c’est le ciel, pas les humains, qui décide.
Prédateurs et opportunités créées par le climat
Là où va la migration, suivent les prédateurs, mais pas de manière aussi mécanique qu’on pourrait le croire. Le climat impose aussi ses règles aux lions, léopards, guépards et hyènes.
- En saison sèche : les proies se concentrent autour des points d’eau permanents. Les prédateurs adaptent leur territoire pour être au plus près de ces zones stratégiques. Les scènes de chasse sont plus fréquentes aux abords des mares et rivières.
- En saison des pluies : les proies se dispersent sur de vastes zones verdoyantes. Les prédateurs doivent couvrir plus de terrain, ce qui rend l’observation parfois plus aléatoire, mais pas impossible.
Pour le voyageur, cela signifie que la compréhension du climat permet de “lire” le paysage : une mare encore pleine en fin de saison sèche sera un hotspot de vie. Un plateau vert isolé après une bonne averse deviendra un restaurant à ciel ouvert pour herbivores, et donc, potentiellement, pour carnivores.
Adapter son voyage au climat du Serengeti
Connaître la théorie climatique, c’est bien. L’utiliser pour construire un voyage cohérent, c’est mieux. C’est là que l’expérience accumulée sur le terrain fait vraiment la différence.
Choisir sa période en fonction de ce que l’on veut vivre
- Vous voulez voir des traversées de rivière : visez entre juillet et octobre, en ciblant le nord du Serengeti. Le climat est sec, les journées sont claires, mais il fait froid le matin. Préparez vêtements chauds, lunettes de soleil et protection contre la poussière.
- Vous rêvez d’assister aux naissances de gnous : misez sur fin janvier – février dans le Sud (Ndutu). Climat plus chaud, averses possibles, pistes parfois plus grasses, mais une intensité animale unique.
- Vous cherchez la verdure et des lumières dramatiques : mars – début mai offrent des paysages splendides, avec un risque de pluie plus élevé. Il faut accepter une part d’aléa, mais les photographes s’y retrouvent souvent.
- Vous privilégiez le confort climatique et la visibilité : juin et début novembre sont des périodes charnières très intéressantes, avec moins de monde, un climat globalement agréable et une faune toujours présente.
Pour aller plus loin dans cette réflexion et voir comment ces données climatiques se traduisent en itinéraires concrets, vous pouvez consulter notre dossier complet sur le climat et les meilleures périodes pour visiter le Serengeti, où je détaille mois par mois les avantages et limites de chaque option.
Impacts pratiques du climat sur votre safari
Sur place, le climat ne se contente pas de déterminer où sont les animaux. Il influence aussi très concrètement votre quotidien de voyageur.
- Horaires de safari : en saison chaude et sèche, on privilégie les sorties tôt le matin et en fin d’après-midi. En saison des pluies, on joue davantage avec les fenêtres météo entre deux averses.
- État des pistes : après de fortes pluies, certaines routes deviennent glissantes. On progresse plus lentement, on s’enlise parfois. Ça fait partie du jeu, mais cela peut rallonger les temps de transfert.
- Vêtements et équipement : en saison sèche, la poussière est omniprésente. Lunettes, foulard ou buff sont précieux. En saison des pluies, un bon imperméable léger, une housse de protection pour l’appareil photo et des chaussures qui sèchent vite deviennent essentiels.
- Ambiance dans les camps : en saison froide (juin–août), les feux de camp et les couvertures supplémentaires prennent tout leur sens. En période humide, les soirées se passent plus souvent sous la tente mess ou le lounge, à écouter la pluie tomber sur la toile.
Climat, budget et fréquentation
Le fonctionnement climatique du Serengeti se répercute aussi sur la fréquentation touristique et les prix.
- Haute saison : juillet–octobre et parfois janvier–février, quand la météo est globalement favorable et que la migration est bien positionnée. Plus de monde sur les pistes, prix des lodges en hausse.
- Basse saison : mars–mai (grandes pluies) et certaines périodes de novembre. Moins de voyageurs, tarifs plus doux, mais plus d’aléas météo.
Mon conseil reste le même pour tous ceux qui préparent un voyage : acceptez que le climat du Serengeti ne se maîtrise pas. On peut le comprendre, le lire, s’y adapter, mais jamais le contrôler. Les années “normales” ne sont pas si fréquentes que ça, et c’est justement cette part d’imprévisible qui donne au Serengeti son caractère brut et vivant.
