Quand j’arrive dans une grande ville africaine, je commence toujours par faire une carte mentale. Pas sur papier, pas sur une appli, mais dans ma tête. Kampala ne fait pas exception. Pour s’y repérer, surtout si vous voyagez sans data ou sans GPS, il faut comprendre la logique de la ville, ses points d’ancrage, ses grands axes, ses collines. C’est cette carte mentale de Kampala, Ouganda, que je vous propose de reconstruire ici, pas à pas, comme si on marchait ensemble dans ses rues.
Comprendre la structure générale de Kampala
Une ville de collines plutôt que de quartiers
Kampala est souvent décrite comme « la ville aux sept collines », même si en réalité, il y en a plus. Pour se repérer sans GPS, le plus simple est de raisonner en collines et en axes majeurs, pas en adresses précises.
Les collines principales à retenir :
- Kampala Hill (ou Old Kampala) : le noyau historique, avec la grande mosquée nationale Gaddafi. C’est un repère visuel fort.
- Kololo Hill : zone plus résidentielle et diplomatique, ambassades, restaurants, bars, lieux plutôt sécurisés.
- Nakasero : cœur administratif et commercial haut de gamme, avec hôtels, banques, institutions.
- Makindye : au sud, zones résidentielles et vues sur le lac Victoria dans certains secteurs.
- Rubaga : à l’ouest, célèbre pour sa cathédrale perchée sur la colline.
En pratique, j’ai structuré ma carte mentale de Kampala autour de ces collines. À chaque fois que je me déplaçais, je me demandais : « De quelle colline à quelle colline je vais ? ». C’est beaucoup plus simple à retenir qu’un enchaînement de petites rues sans logique apparente.
Les grands axes à mémoriser en premier
Sans GPS, les grandes artères deviennent vos meilleures alliées. À Kampala, trois types d’axes sont essentiels :
- Les routes qui arrivent au centre depuis l’extérieur (depuis Entebbe, Jinja, Masaka, etc.)
- Les routes qui contournent partiellement le centre
- Les axes qui relient les collines entre elles
Voici quelques routes à bien ancrer dans votre tête :
- Entebbe Road : c’est la route qui relie l’aéroport international à Kampala. Elle vous mène vers le sud-ouest de la ville et finit par connecter le centre.
- Jinja Road : elle arrive de l’est, depuis Jinja et le Nil, et traverse une partie du centre. C’est un axe clé pour qui arrive de l’est du pays.
- Masaka Road : au sud-ouest, elle mène vers la région de Masaka et les parcs du sud de l’Ouganda.
- Kampala Road : une fois dans le centre, ce nom revient souvent. C’est l’une des artères centrales reliant plusieurs points stratégiques.
Ma méthode, les premiers jours : repérer sur quelle grande route je me trouvais, puis mémoriser les points où ces routes croisent d’autres repères visuels (marchés, grandes églises, centres commerciaux, ronds-points importants). C’est fastidieux au début, mais au bout de 48 heures, vous avez déjà une carte mentale opérationnelle.
Les repères visuels incontournables pour se situer
Mosquées, églises et collines : les phares de la ville
Pour naviguer sans GPS, j’utilise toujours les bâtiments religieux comme phares urbains. À Kampala, c’est particulièrement efficace :
- La mosquée nationale Gaddafi à Old Kampala : énorme, visible de loin, elle domine la colline. Si vous la repérez, vous savez que vous êtes proche du noyau historique.
- La cathédrale Rubaga : sur la colline de Rubaga, à l’ouest. Sa silhouette est aussi très identifiable.
- La cathédrale Namirembe : autre repère sur une colline voisine, très utile pour se repérer dans l’ouest de la ville.
Mon réflexe : lever régulièrement les yeux. À pied ou en boda-boda (moto-taxi), je garde en tête la position relative de ces collines. Si je vois deux grands édifices religieux en même temps, je peux deviner l’orientation de la route, même si je ne connais pas encore le quartier.
Marchés, gares de taxis et shopping malls
Autre série de repères indispensables dans une carte mentale de Kampala : les lieux de flux. Là où les gens convergent, là où le trafic explose.
- Owino Market (St. Balikuddembe) : le chaos organisé. Vêtements, nourriture, tout et n’importe quoi. Vous êtes dans le cœur populaire de Kampala.
- New Taxi Park et Old Taxi Park : ces gares de minibus-taxis (matatus) sont des nœuds stratégiques. Si vous les trouvez, vous êtes au centre de la toile.
- Acacia Mall (vers Kololo/Kisementi) : grand centre commercial moderne, repère pratique pour les voyageurs, surtout pour se retrouver si on se perd.
- Garden City et Lugogo Mall : autres malls majeurs, utiles comme points fixes dans l’est et le centre de la ville.
Avec ces quelques lieux, vous pouvez déjà délimiter mentalement les zones plus touristiques, plus populaires, plus administratives. Quand un conducteur de boda-boda vous annonce un prix démesuré, vous pouvez réagir si vous avez une idée de la distance réelle entre, par exemple, Acacia Mall et Old Kampala.
Construire pas à pas sa carte mentale de Kampala
Jour 1 : rayonner autour de votre hébergement
Je conseille toujours la même stratégie : le premier jour, on ne traverse pas toute la ville. On se limite à un rayon autour de sa guesthouse ou de son hôtel, à pied si possible. L’idée est simple : ancrer un « point zéro » sur votre carte mentale.
Concrètement, à Kampala :
- Notez sur un carnet (ou de tête) les trois ou quatre repères proches : une station-service, une grande église, un supermarché, un croisement animé.
- Repérez où se lève et se couche le soleil par rapport à votre rue. À l’équateur, la course du soleil est plus verticale, mais est et ouest restent de bons repères.
- Faites un ou deux boucles à pied, en revenant toujours par un autre chemin. Cela dessine un premier « cercle » autour de votre base.
En fin de journée, je récapitule mentalement : « De mon hébergement au supermarché, il y a une descente, puis un rond-point. À main droite, la petite église. Si je dépasse, j’arrive sur une grande artère avec des bus et un panneau vers Jinja. » Cette narration intérieure est ce qui transforme un simple trajet en élément de carte mentale.
Jour 2 : connecter votre base aux grands repères de la ville
Une fois votre quartier assimilé, je recommande de lier ce petit territoire aux grands points d’intérêt : Old Kampala, les Taxi Parks, un centre commercial, une grande mosquée ou cathédrale. L’idée est de créer des axes.
Par exemple :
- Trajet 1 : votre hébergement → Old Kampala (mosquée Gaddafi)
- Trajet 2 : votre hébergement → New Taxi Park
- Trajet 3 : votre hébergement → un grand mall (Acacia Mall ou Garden City)
Si vous n’êtes pas à l’aise à pied, utilisez un boda-boda, mais restez attentif : ne scrollez pas sur votre téléphone pendant le trajet. Observez les croisements, les rond-points, les grandes affiches, la forme des collines. Au retour, essayez de reconnaître au moins deux ou trois repères déjà vus à l’aller.
Ce deuxième jour, votre objectif n’est pas de « visiter » au sens classique, mais de coudre des lignes entre des points-clés. Le tourisme viendra presque tout seul ensuite.
Jour 3 et suivants : affiner les quartiers spécifiques
Une fois les axes principaux en place, vous pouvez zoomer sur certains quartiers intéressants :
- Kisementi / Kololo : pour les restaurants, bars, cafés, hébergements plus « expat ».
- Old Kampala : pour l’ambiance historique, la mosquée, les marchés à proximité.
- Nakasero : pour le Nakasero Market, légumes, fruits, épices, et les hôtels du centre.
- Bugolobi et environs : quartiers résidentiels, certains restaurants et cafés calmes.
Chaque jour, je me fixe un secteur, je m’y consacre quelques heures, puis je reviens par un autre itinéraire. Petit à petit, Kampala ne ressemble plus à un amas de rues chaotiques, mais à un réseau cohérent, organisé autour des collines et des axes principaux.
Se déplacer sans GPS : techniques pratiques sur le terrain
Observer la topographie : Kampala n’est pas plate
Contrairement à certaines grandes villes de plaine, Kampala a un relief affirmé. Les montées, les descentes, les vues dégagées sur la ville ou sur les zones plus basses donnent des indices précieux.
- Si vous sentez que vous grimpez longtemps, vous montez probablement vers une colline résidentielle ou un lieu de culte important.
- Si la route descend et que l’urbanisation devient plus dense, vous retournez vers une zone centrale ou un axe majeur.
- Depuis certains points hauts (Kololo, Rubaga, Old Kampala), vous pouvez prendre quelques minutes pour simplement regarder la ville et repérer quels grands bâtiments vous voyez et dans quelle direction.
J’ai souvent pris l’habitude, en fin de journée, de monter sur un point de vue (terrasse d’hôtel, colline, mosquée Gaddafi quand c’est possible) pour réévaluer ma carte mentale et ajuster les distances.
Utiliser les boda-bodas sans se reposer sur le GPS
Les boda-bodas sont la clé pour se déplacer rapidement à Kampala. Mais ils peuvent aussi vous embrouiller si vous ne faites pas attention à la route. Sans GPS, voici comment je procède :
- Avant de monter, je pose toujours deux questions : « C’est dans quelle direction, par rapport à [un repère que je connais] ? » et « On passe par quelle grande route ? ».
- Pendant le trajet, je note mentalement les gros repères : station-service, supermarché connu, rond-point avec statue, panneau vers Jinja ou Entebbe, etc.
- Si je reste plusieurs jours dans la même zone, je tente parfois le retour à pied en suivant plus ou moins l’itinéraire du boda-boda.
Je ne confie jamais totalement mon orientation à un conducteur, même honnête. Mon but n’est pas juste d’arriver, mais d’apprendre la ville.
Demander son chemin : comment poser les bonnes questions
À Kampala, les gens sont généralement serviables, mais il faut poser les bonnes questions. Oubliez les adresses exactes, les numéros de rues : on raisonne ici par repères et axes.
- Au lieu de : « Où est telle rue ? » → préférez : « Pour aller à [nom du grand marché / mall / mosquée / colline], je dois aller dans quelle direction ? ».
- Demandez souvent : « C’est loin à pied ? En boda-boda ? », pour calibrer les distances dans votre tête.
- Si plusieurs personnes vous indiquent la même direction, c’est généralement bon signe. Si les réponses divergent, re-centrez-vous sur un repère que vous connaissez déjà.
Je précise aussi à chaque fois si je veux la route « la plus simple » ou « la plus rapide », car les boda-bodas ont tendance à emprunter des raccourcis parfois déroutants.
Articuler Kampala avec le reste de votre voyage en Ouganda
Voir Kampala comme un nœud plutôt qu’une simple étape
Pour un voyageur en Afrique de l’Est, Kampala est rarement une fin en soi. C’est un hub entre plusieurs grands espaces : les parcs nationaux de l’ouest (Queen Elizabeth, Kibale, Bwindi), les régions plus au nord (Murchison Falls), l’est vers Jinja et le Nil.
Votre carte mentale doit donc intégrer les sorties de ville :
- Vers l’ouest et le sud-ouest : Masaka Road, puis les routes qui mènent vers Mbarara et les parcs de l’ouest.
- Vers le nord-ouest : route vers Murchison Falls National Park.
- Vers l’est : Jinja Road, direction Nile River, rafting et chutes.
- Vers le sud : la connexion avec Entebbe et le lac Victoria.
Quand je prépare un itinéraire, je visualise toujours Kampala comme une étoile à plusieurs branches : chacun de ses grands axes est un départ vers un univers totalement différent – jungle, savane, montagnes ou Nil.
Pour une vision plus large des possibilités de voyage et d’extensions depuis la capitale, je vous renvoie aussi vers notre article spécialisé sur la ville et ses environs, qui complète utilement cette approche par carte mentale.
Anticiper les temps de déplacement sans se faire piéger
Sans GPS, on sous-estime souvent les temps de trajets à Kampala. Les distances paraissent courtes sur une carte, mais le trafic et la topographie rallongent tout.
- Un déplacement de 5 km peut prendre 10 minutes en boda-boda à 6h du matin, mais 45 minutes en heure de pointe.
- Les grands axes (Entebbe Road, Jinja Road) sont souvent saturés : prévoyez de la marge, surtout si vous avez un bus ou un vol à prendre.
- En voiture de location, sans conducteur local, doublez vos estimations de temps au début, puis ajustez après quelques jours d’expérience.
Ma règle empirique pour Kampala : toujours ajouter 30 % de temps à ce que mon instinct (d’Européen habitué à d’autres trafics) me suggère. Cela évite de voyager sous stress permanent, surtout si l’on se refuse à s’en remettre complètement au GPS.
Vivre la ville au-delà du GPS : ressentir Kampala
Ce que la carte mentale change dans votre relation à la ville
Construire une carte mentale de Kampala, ce n’est pas seulement une question de praticité. C’est une façon de vivre la ville plus intensément. À force de vous repérer par les collines, les marchés, les lieux où ça sent le charbon de bois ou le manioc grillé, vous commencez à sentir les rythmes et les transitions :
- Le passage des ruelles populaires d’Old Kampala aux avenues plus aérées de Kololo.
- Le contraste entre le tumulte de Owino Market et le calme relatif autour de certains quartiers résidentiels.
- La différence de lumière et d’atmosphère entre les hauts de Rubaga, avec sa vue dégagée, et les vallées où le trafic reste coincé des heures.
Sans GPS, vous redevenez réellement présent. Vous êtes obligé de regarder, d’écouter, de parler avec les gens, de mémoriser. L’Afrique se vit souvent comme ça : dans l’effort d’adaptation, dans cette attention aiguë à ce qui vous entoure.
Quelques conseils concrets issus du terrain
Au fil de mes passages à Kampala, j’ai fini par dégager quelques réflexes utiles :
- Ne multipliez pas les hébergements à l’intérieur de la ville : rester 3 ou 4 nuits au même endroit facilite énormément la création de votre carte mentale.
- Choisissez un quartier stratégique pour dormir : pas forcément le plus « joli », mais celui qui permet d’accéder facilement à plusieurs axes (par exemple, un secteur pas trop loin de Kampala Road ou de Jinja Road selon votre programme).
- Réservez des zones calmes pour vos fins de journée : après le bruit et la densité du centre, revenir dans un coin un peu plus aéré (comme certaines parties de Kololo ou Bugolobi) permet de prendre du recul sur la journée.
- Notez les lieux qui vous servent d’ancrage émotionnel : un café où vous revenez tous les matins, un petit restaurant local où vous échangez avec le serveur, une terrasse d’où vous observez la ville au crépuscule. Ces points deviennent aussi des repères puissants, car ils associent la carte physique à des souvenirs forts.
Au bout de quelques jours, Kampala cesse d’être une ville « où l’on se perd ». Elle devient une ville « où l’on sait se perdre à peu près consciemment », avec suffisamment de repères pour rebondir, retrouver un axe, un marché, une colline connue. Et c’est là, à mon sens, que commence vraiment le voyage.